« À deux secondes près, j’étais mort. Je suis persuadé que ma mère, décédée six mois plus tôt, veillait sur moi », nous confie avec émotion Alain Munda, patrouilleur chez Vinci Autoroutes. Le 26 avril 2024, à 1h, sa vie bascule. Dans les jours qui suivent le drame, la scène effroyable se rejoue inlassablement, « dès que mes paupières se fermaient, je voyais l’accident ».
« À deux secondes près, j’étais mort »
Alain Munda accepte de revenir sur le vacarme, le sang qui ruissèle sur son visage, l’incertitude de se savoir en vie et la douleur qui le saisit. Père de deux enfants âgés de 22 et 17 ans, originaire de Caissargues dans le Gard, Alain Munda débute son service de manière classique, de 20h à 4h du matin. « J’étais avec mon collègue Thierry qui était au volant. En début de soirée, la voie de droite avait été mobilisée pour l’élagage. Notre mission était d’enlever les cônes qui avaient été posés pour libérer la voie. On le fait toujours en marche arrière, à 20km/h environ », expose-t-il.
« Ma tête tape le plafond. Je pisse le sang »
Celui qui est passionné par son métier se trouve alors à l’arrière du fourgon, sur l’A9, en direction de Montpellier, à hauteur de Milhaud. La voie de droite est donc neutralisée, Alain s’attelle à ramasser la centaine de cônes dans le but de les ranger soigneusement à l’arrière du fourgon. « Au moment où je dépose un cône à l’arrière, je vois par la vitre du fond un véhicule foncer droit sur nous. Je vois ses deux phares, puis une seconde après, je ne vois plus qu’un phare », narre-t-il avec précision.
Un véhicule circulant à 110km/h
Alain comprend ce qu’il se joue. « Je hurle ‘attention’ en direction de Thierry. Et là, c’est le boucan. Le choc est tellement violent que ma tête tape sur le plafond. Je pisse le sang. Je fais un salto. Je retombe lourdement sur l’épaule gauche à l’intérieur du camion », décrit-il. Il ne perd pas connaissance, mais dit ne plus rien voir en raison du sang qui recouvre son visage. Il aura une dizaine de points de suture sur le crâne une fois arrivé au CHU de Nîmes. « Le plus difficile, c’est que je comprenais ce qu’il se passait, mais j’étais impuissant, je ne pouvais rien faire », reconnait-il.
Un véhicule circulant à 110 km/h, avec à son bord un conducteur âgé d’une vingtaine d’années, vient de percuter violemment le fourgon de Vinci autoroutes, sur la voie de droite alors neutralisée. Le fourgon se retrouve enfoncé par l’arrière sur 1m50. A deux secondes près, la tête d’Alain se trouvait précisément dans la zone d’impact. « J’ai échappé à la mort », reconnait-il avec gravité. Thierry, qui se trouve toujours au volant, est attaché. Il est balloté dans tous les sens. « Quand il me voit en sang, il crie mon nom, il ne sait pas si je suis mort », rembobine le miraculé. Pendant les jours qui suivent, les deux patrouilleurs nouent une relation inexplicable. « Il fallait qu’on se touche, qu’on sente qu’on était là tous les deux. Il fallait qu’on se voit tous les jours », nous confie Alain.
« Le jeune avait 2,5 grammes d’alcool dans le sang »
Très vite, l’autoroute est fermée à la circulation, un poids lourd se met en travers pour protéger le fourgon. Le véhicule qui a percuté le fourgon se trouve sur la voie du milieu, des débris jonchent la voie de gauche. « Certains viennent me voir, essaient de me parler, me donnent des lingettes pour m’essuyer », raconte-t-il encore ému par la solidarité qui prend vie. « Le jeune avait 2,5g d’alcool dans le sang. Lorsqu’on est allés le voir pour voir s’il allait bien, il y avait une bouteille de pastis vide dans son véhicule », se souvient Alain Munda. Il a écopé de 18 mois d’emprisonnement, dont six mois ferme avec sursis (bracelet électronique) et un an de retrait de permis, « sauf pour aller travailler, il peut l’utiliser », précise Alain Munda sidéré.
« Je ne pardonne pas »
Le jeune homme aurait été suivi par un psychologue au moment des faits et traversait une dépression, selon les dires d’Alain qui relaie ses propos au tribunal. « Il cherchait mon regard, il s’est excusé. Mais je ne peux pas le pardonner. J’ai eu une vie difficile aussi avec mon père qui ne m’a jamais aimé. Ce n’est pas pour autant que je me suis laissé aller ». La semaine prochaine, Alain et Thierry sauront quelle somme ils percevront au titre des dommages.
Les questions se bousculent chez Alain qui tente encore de comprendre l’origine profonde de ce geste. « Cela faisait 5km qu’il roulait sur les voies de gauche, pourquoi est-il venu dans notre direction subitement ? Pourquoi n’a-t-il pas dévié progressivement ? ». Après le drame, place à la reconstruction : « Pendant les jours qui ont suivi, j’avais des douleurs de partout, je ne dormais pas. Heureusement, je n’ai pas eu pas de traumatisme crânien ». Sa femme lui exhorte alors d’arrêter la profession. « Elle m’a dit ‘Alain tu as frôlé la mort’. On en a discuté lors d’une réunion familiale, j’ai dit qu’il me fallait continuer », se remémore Alain.
« C’est un métier passion »
Il reprend le travail très rapidement. « Il fallait que j’en ai le coeur net, que je sache si j’étais traumatisé ou si je pouvais encore continuer à faire ce métier ». Résultat, la fibre lui revient, les réflexes sont toujours au rendez-vous, le voilà rassuré, « si on a peur, il ne faut pas faire ce métier, cela peut devenir dangereux ». Un métier qu’Alain qualifie de passion. « Je m’éclate, je suis un ange gardien de la route. J’ai l’impression d’être un super héros lorsque j’interviens sur des accidents. Mais ma faiblesse, ce sont ceux qui ne respectent pas le corridor de sécurité… », confesse-t-il. Quant à Thierry, « je pense qu’il a été plus traumatisé que moi. Il a cru que j’étais mort, il s’est remis en question, alors que c’était totalement la faute du conducteur ».
Corridor de sécurité, une nécessité
Depuis, Alain Munda multiplie les interventions dans les médias pour sensibiliser l’opinion publique. Nous relayons dans nos colonnes presque chaque semaine des faits de fourgons de Vinci percutés sur le réseau. « Quand on voit un véhicule en intervention, on ralentit et on se décale d’une voie si on le peut, c’est très important. De manière générale, lorsque l’on prend l’autoroute, il faut être à 100% de ses capacités », martèle Alain. Dont acte.


