« Gestion rigoureuse et responsable » pour la socialiste Carole Delga, séance « d’autocongratulation et budget d’austérité » pour le président du groupe RN Yoann Gillet. Les deux ne partiront certainement pas en vacances ensemble. Comme à son habitude, l’assemblée plénière de la Région Occitanie le jeudi 12 février a livré son lot de passes d’armes et d’invectives, sur fond de vote du budget primitif 2026. Lequel se chiffre à 3,54 milliards d’euros, dont 1,15 milliard d’investissement, avec une capacité de désendettement proche de 7 ans (le seuil d’alerte pour les Régions est fixé à 9 ans).
Motion de censure non votée par le PS, « j’en suis fière »
En écho à l’actualité nationale, la présidente de Régions de France se félicite du budget 2026 définitivement adopté le 2 février dernier, tout en assumant pleinement la non censure par le PS. « Même si ce budget connaît de nombreuses imperfections, voter cette motion aurait créé encore plus d’instabilité pour notre pays », martèle Carole Delga qui en appelle à la « responsabilité » de chacun. Aurélien Pradié (Occitanie Courageuse) saisit le micro et dégoupille : « Tout a été orchestré, y compris avec le groupe Socialiste, pour que le débat n’aille pas jusqu’au bout et que le gouvernement puisse statuer par 49.3 ». Le député du Lot de rajouter une couche : « Le principe de responsabilité ne pourra pas vous exonérer vous et vos amis politiques d’avoir co-écrit ce budget qui aura des conséquences très lourdes sur la vie des citoyens ».
« Nous ne souhaitons pas que l’extrême droite et ses idées rances soient au pouvoir dans ce pays »
Yoann Gillet (groupe RN et député gardois), va plus loin : « Vous (le PS, ndlr) n’avez pas voté la censure pour préserver vos postes et vos mandats », allant jusqu’à affirmer que la présidente s’inquiète de voir « arriver l’alternance réclamée par les Français, mais elle arrive en 2027 ! ». Dans le même temps, un élu hurle en direction du conseiller frontiste : « Rendez d’abord l’argent au Parlement européen ! ». La présidente de la Région de riposter : « Je ne m’inquiète pas du tout ! ».
Piquée au sujet de l’appel à voter Emmanuel Macron en 2017 et en 2022, Carole Delga coupe court : « Je vais être claire, j’assume pleinement. Nous sommes républicains, nous ne souhaitons pas que l’extrême droite et ses idées rances de sectarisme soient au pouvoir dans ce pays ». Applaudissements fournis.
Christophe Rivenq (Nous Occitanie, maire d’Alès dans le Gard), appelle quant à lui à un peu de tenue : « Je me félicite que le pays ait un budget national, on peut passer à autre chose. Pour autant, il faut arrêter de faire de la politique nationale dans cet hémicycle régional, nos concitoyens attendent que nous reprenions de la dignité », au risque de renforcer la défiance envers les élus.
« Un acharnement sur les Régions depuis 2017 »
Revenons à nos moutons. La Loi de finances 2026 accentue les fragilités des Régions, aux dires de la présidente de Région qui hurle à l’injustice : « 20% de l’effort budgétaire national est demandé aux collectivités, alors même qu’elles ne représentent que 6,5% de la dette publique nationale et assurent près de 70% de l’investissement public ». Cette année, fait exceptionnel, la baisse de dotation imposée aux Régions « ne sera pas proportionnelle au nombre d’habitants ». La présidente de faire la démonstration : « un Ch’ti, un Occitan ou un Normand aura une baisse deux fois supérieure à celle d’un Nantais. C’est absolument inacceptable, ce dispositif pénalise les plus pauvres, la Région Occitanie est la 3e plus pénalisée en France ».
144 millions de baisse de dotations pour l’Occitanie
En tout, il faudra composer avec 144 M€ de dotation en moins. Cela représente un demi-milliard d’euros en cumulé sur la période 2023-2026 de baisse imposée et non compensée par l’État sur le budget de l’Occitanie. « Un acharnement constant sur les régions depuis 2017, seules collectivités locales qui ont vu chaque année leur dotation baisser », s’étrangle Carole Delga qui dit avoir écrit au Premier ministre. Le groupe socialiste de la Région a également saisi le Conseil constitutionnel à ce sujet. « Mais aussi sur les étudiants étrangers hors Europe qui ne seraient plus éligibles aux APL, alors qu’ils viennent participer à la grandeur de la France et à sa compétitivité », déplore l’ancienne secrétaire d’Etat sous Hollande.
Pour autant, la Région ne sacrifiera pas l’investissement dans ce nouvel exercice. « Nous sommes la première région de France en matière d’investissement grâce à une situation budgétaire saine », en témoigne la capacité d’auto-financement en hausse de 509 M€. En dix ans, la Région a investi 11,3 milliards d’euros pour 170 M€ d’économie, ce qui représente 177 euros par habitant pour une moyenne nationale de 152 euros.
Les budgets pour la culture, l’éducation, la formation et l’agriculture sont préservés, assure la présidente qui a annoncé ne pas amputer le pouvoir d’achat, en maintenant « la rentrée scolaire la moins chère de France » et la politique tarifaire à bas prix pour le train. Les 14 millions de billets proposés à 1 euro ont permis une augmentation des recettes de 45% et une hausse de 67% de la fréquentation depuis 2019.
Où investir en 2026 ?
Les transports représentent un tiers du budget 2026 (1,2 milliard). Viennent ensuite la souveraineté économique (emploi, formation) et l’éducation avec 335 M€ dédiés pour chacun. La Région investira 140 M€ dans l’agriculture et 130 M€ dans la santé avec un 150ᵉ médecin recruté cette année. Carole Delga plaide pour « un mode de fonctionnement sobre avec une baisse de 0,8 % des dépenses de fonctionnement pendant que celles de l’État continuent d’augmenter ». Des économies qui s’illustrent notamment par une nouvelle réduction du nombre d’agences, plus que trois maintenues d’ici 2028 : culture, développement économique et attractivité, aménagement et climat. Soit une économie de 17 M€ entre 2024 et 2028, on comptait 17 agences en 2016.
« Une Région ruinée pas la gestion socialo-communiste »
Yoann Gillet livre une toute autre grille de lecture et constate une région « ruinée par la gestion socialo-communiste, où les communes sont sacrifiées ». Le député gardois d’asséner : « Vous préférez dépenser sans compter, notamment sur des projets de coopération internationale, plutôt que de soutenir les maires qui sont votre variable d’ajustement ». Interpellée plus tard sur le même sujet par le groupe Occitanie courageuse, la présidente rétorquera : « Vous êtes toujours sur cette petite musique de catastrophe. Je suis beaucoup sur le terrain, je n’entends pas la même chose. Il faut que l’on me donne clairement les dossiers où il y a des problèmes, vous ne me donnez pas d’exemples concrets. Par ailleurs, trouvez-moi une Région en France qui aide les communes plus que nous le faisons ».


