Terre de Camargue : « La Ville du Grau-du-Roi doit avoir la présidence », Charly Crespe candidat

samedi 04 avril • 15:56
Le maire du Grau-du-Roi fait peser un argument sur la balance : la contribution fiscale des Graulens à l'échelle de l'intercommunalité.

Qui sera élu à la tête de la plus petite intercommunalité du Gard le 16 avril, réunissant trois communes et 32 élus ? Seul candidat déclaré à ce jour, Charly Crespe vise le fauteuil de président de Terre de Camargue, laquelle fédère Le Grau-du-Roi, Aigues-Mortes et Saint-Laurent-d’Aigouze. Une strate née en 2001, forte d’environ 150 agents, au service de près de 21 000 habitants à l’année. Une collectivité qui régit les politiques publiques locales à bien des égards : aménagement de l’espace, gestion de l’eau et des déchets, économie, emploi, restauration collective…

Après une intense première semaine en fonction, Charly Crespe pense à l’après. Plus communément appelée « le troisième tour des municipales », la gouvernance de l’intercommunalité devra être mûrement négociée avec les élus issus des communes voisines, de la majorité tout comme des oppositions, afin d’aboutir à un large consensus.

Charly Crespe candidat à la présidence Terre de Camargue, conférence de presse, 3 avril. Photo : Linda Mansouri

Pour faire pencher la balance de son côté, le nouveau maire du Grau-du-Roi invoque notamment la fiscalité. Selon une étude datant de 2021, les Graulens contribuaient à hauteur de 75% à la fiscalité de l’intercommunalité (taxe foncière, professionnelle, Gemapi, etc.). Selon les chiffres avancés par le maire du Grau-du-Roi : Saint-Laurent-d’Aigouze abondait à hauteur de 450 000M€, 1,7M€ pour Aigues-Mortes, 6,4M€ pour le Grau-du-Roi. « Nous vivons une période particulière en termes de consentement à l’impôt et d’adhésion des contribuables aux politiques publiques. (….) Cela me semble logique que le Grau-du-Roi soit à la présidence », tant elle est pourvoyeuse de recettes fiscales, expose l’édile qui entend veiller à la bonne représentation de ses habitants.

« Les accords tacites n’engagent que ceux qui les ont pris »

Seulement voilà, en 2020, Aigues-Mortes devait remporter la présidence selon un « accord tacite », sur le fondement d’une présidence dite tournante, il n’en a rien été. Le vent doit-il souffler cette fois-ci ? « Les accords tacites n’engagent que ceux qui les ont pris », juge Charly Crespe, insistant sur la période : « cet accord a été mentionné au moment où les subventions des collectivités, Etat, Région et Département, étaient plus larges. Les financements publics vont être de plus en plus difficiles à décrocher, cela nous invite à une gestion rigoureuse ». Un argument de maîtrise fiscale que le maire graulen met en avant, « j’ai fait campagne sur ce thème, les électeurs m’ont soutenu sur cette question ».

Vers un scénario à trois candidats ?

Reste que la ville d’Aigues-Mortes n’a pas décroché la présidence depuis vingt ans… « Cela en fait-il pour autant un projet politique ou un argument ? », rétorque le candidat. Dans sa besace et pour nourrir les négociations, Charly Crespe pourra miser sur la répartition judicieuse des vice-présidences. « Je souhaite que l’on arrive à un accord avec les trois maires », espère-t-il, tout en le reconnaissant, un scénario à trois candidatures est plausible…

Avant une rencontre avec le préfet la semaine prochaine sur un autre sujet, Charly Crespe a pris soin d’échanger avec les maires de l’intercommunalité. 17 voix lui seront nécessaires pour décrocher une majorité absolue, la tâche ne devrait pas être insurmontable. Le Grau-du-Roi et Aigues-Mortes disposent chacun de treize sièges. Au Grau-du-Roi, onze élus appartiennent à la majorité municipale. À Aigues-Mortes, la majorité de Cédric Bonato compte dix sièges, plus les trois élus d’opposition, dont la candidate aux municipales proche de Charly Crespe sur l’échiquier politique, Noémie Albecq-Megias. Saint-Laurent d’Aigouze dispose de six sièges, dont cinq pour la majorité du maire Thierry Féline.

Son coeur penche pour Pays de l’Or

Autre sujet balayé en conférence de presse par Charly Crespe, le rapprochement de Terre de Camargue avec une autre intercommunalité, serpent de mer sur la table depuis 2014. Son coeur penche pour Pays de l’Or, dont il a rencontré le président et maire de la Grande Motte, Stephan Rossignol, cette semaine. A noter, les deux sont sur le même positionnement politique à droite. « Nous avons des enjeux communs, le portuaire, la saisonnalité, le développement économique, la mer et l’étang… », égraine le maire du Grau du Roi.

« A la fin, on devra savoir où l’on va »

Lequel martèle les limites de la configuration actuelle en termes de fonds de concours par exemple, ou de difficultés à générer des « économies de fonctionnement et des marges de manoeuvre financière » au regard de la petite taille de la collectivité. En pratique, basculer dans un autre département entraînera-il des barrières administratives ? « Les seuls écueils que je vois sont politiques », projette-t-il, invoquant notamment des configurations déjà existantes dans le Gard avec le Grand Avignon.

Reste que pour l’heure et après discussions avec les maires, « j’ai compris que ce n’était pas leur souhait de le faire sur cette échelle de temps ». Soit, Charly Crespe dit prendre le temps du mandat, ajoutant néanmoins : « à la fin, on devra savoir où l’on va ». Les études nourriront les prochains échanges en la matière, une sur un rapprochement avec Pays de l’Or datant de 2023, l’autre avec Petite Camargue de 2025, dont Charly Crespe vient à peine de prendre connaissance.

Linda Mansouri/InfOccitanie.