Montpellier : procès pour tentative de meurtre, « je me suis battu pour ne pas mourir »

mardi 12 mai • 19:00
Suite du procès pour tentative de meurtre devant la cour d’assises de l’Hérault. Ce mardi, magistrats et jury populaire ont dû faire face aux versions contradictoires de l’accusé et de la victime.

Violences, allers-retours dans le centre commercial, prise en charge d’un homme grièvement blessé par balles … Voici ce qu’ont pu découvrir les magistrats et les jurés de la cour d’assises lors de la diffusion des images de vidéosurveillance du centre commercial Intermarché de Juvignac (Hérault), le jour des faits.

Un coup de feu tiré sur la terrasse d’une boulangerie

Les images montrent d’abord Farid* entrant dans le supermarché avec un collègue pour effectuer des courses destinées à l’épicerie où ils travaillent. Peu après, Sofiane* fait à son tour son apparition. Une autre séquence, tournée dans ls rayons, montre Sofiane saluant l’homme qui accompagne Farid. Les deux se connaissent depuis longtemps : ils ont fréquenté la même école primaire. Mais l’atmosphère semble se tendre lorsque Farid et Sofiane se croisent du regard.

Les deux hommes quittent finalement le centre commercial, dans une zone extérieure non couverte par les caméras. Quelques minutes plus tard, ils réapparaissent dans les galeries marchandes. Une violente altercation éclate, nécessitant l’intervention d’un agent de sécurité. Sofiane finit par prendre la fuite, suivi par Farid, aperçu à plusieurs reprises en train de toucher sa sacoche avec insistance. Les deux hommes courent ensuite vers l’extérieur. Un coup de feu est finalement tiré sur la terrasse d’une boulangerie, un espace qui n’était pas équipé des vidéosurveillance. Enfin, les images montrent Sofiane revenir dans le centre commercial, blessé par balles. La main portée à son thorax, il se réfugie derrière l’accueil avant de s’effondrer. Il sera ensuite pris en charge par les secours.

« J’étais pris au piège »

Les auditions des deux protagonistes ont largement rythmé cette deuxième journée de procès. Ce mardi après-midi, Sofiane s’avance à la barre pour livrer sa version des faits. Depuis l’ouverture des débats, il était absent, non pas désintérêt, mais parce qu’il lui est « difficile de revivre tout ça », explique-t-il, affirmant vouloir « se détacher de cette histoire et oublier ».

Le jour des faits, alors qu’il travaillait, il s’absente quelques minutes pour aller acheter à manger. C’est à ce moment qu’il croise Farid. « De le revoir a fait remonter toute l’animosité que j’avais envers lui », raconte-t-il. Sur fond d’une ancienne affaire de narcotrafic, Farid l’aurait notamment traité de « balance ». Une réputation qui, selon Sofiane, l’avait mis en danger lors de incarcération : « J’avais peur. Je ne sortais plus de ma cellule […]. Puis, j’ai eu accès à mes dépositions qui ont prouvé que je n’avais rien dit sur lui ». Dans le supermarché, la tension entre les deux hommes reste palpable. Sofiane affirme que Farid lui aurait demandé de le suivre à l’extérieur pour s’expliquer. Une fois sur le parking, ce dernier lui aurait montré une arme rangée dans sa sacoche. « À partir de ce moment, j’étais pris au piège. Mais je lui ai fait front et je ne lui ai pas montré que j’avais peur. Ça l’a surpris je pense », poursuit-il.

Les deux hommes retournent dans le centre commercial, où une bagarre éclate. Sofiane prend alors la fuite, poursuivi par Farid qui aurait tenté de tirer une première fois, sans succès, l’arme s’étant enrayée. « Je sentais qu’il était juste derrière mois. Je n’ai pas eu le temps de me retourner qu’il m’avait tiré dessus », témoigne-t-il.

Gravement blessé, Sofiane a subi cinq opérations. Son foie a éclaté, les nerfs de sa main ont été touchés et des prothèses biliaires ont dû être posées. « Je me suis battu pour ne pas mourir », confie-t-il. Les séquelles sont aussi psychologiques. Désormais marié et père d’une petite fille, il assure vouloir « tourner la page ». « D’en reparler, ça me donne envie de partir », conclut-il avant de quitter la salle d’audience à l’issue d’un témoignage de plus d’une heure.

« Je ne voulais pas le tuer »

C’est ensuite au tour de Farid de se lever dans le box pour livrer sa version des faits. Selon lui, la victime aurait été menaçante, insultante et lui aurait demandé de la suivre à l’extérieur. « Malheureusement, j’ai répondu et ça s’est envenimé ». Les deux hommes seraient alors allés sur le parking, où Sofiane aurait commencé à lui « chiffonner » ses vêtements avec les mains. Farid affirme que c’est à ce moment qu’il lui montre son arme, sans pour autant impressionner la victime. « Tu crois que c’est la première fois qu’on me braque ? », lui aurait répondu la victime Sofiane avant de partir.

L’accusé explique avoir alors pensé que l’incident était clos. Mais, à leur retour dans le centre commercial, Sofiane lui aurait asséné un coup de poing. « À ce moment, j’ai vu rouge. Je n’ai plus rien contrôlé. J’ai sorti l’arme et j’ai essayé de tirer dans ses jambes mais l’arme s’est enrayée, alors je l’ai rechargée. J’ai continué de le poursuivre mais, une fois arrivé au niveau de la terrasse de le boulangerie, je ne le voyais pas très bien […]. D’un coup, il a essayé de me sauter dessus, alors j’ai tiré. Je ne voulais pas le tuer. Je voulais viser ses jambes », relate-t-il. Après les faits, il explique avoir pris la fuite avant de jeter son téléphone et l’arme dans une bouche d’égout. « Une fois rentré, j’ai pris conscience de la situation et je savais que j’allais me rendre », explique-t-il. Il s’est présenté aux autorités le soir-même.

L’audience se poursuivra demain avec les plaidoiries des avocats, les réquisitions de l’avocat général, puis le verdict.

*Prénoms d’emprunt


Camille Casanova/InfOccitanie.