Ce mardi matin, Samir F. arrive dans le box des accusés. Vêtu d’un gilet noir, de lunettes sur le nez et les cheveux noirs coupés courts, ce jeune homme de 30 ans est escorté par plusieurs équipiers de la sécurité pénitentiaire. Pendant plusieurs jours, la Cour d’assises de l’Hérault sera plongée dans son procès : il est accusé de meurtre. Son sort est désormais entre les mains du jury, composé de quatre femmes et deux hommes, et des trois magistrats. Verdict attendu ce vendredi 27 février. La tension est palpable dans la salle d’audience. Les proches de la victime, visiblement éprouvés, s’attachent aux paroles rassurantes de leur avocat, Me Mousset.
Filmé, semblant manipuler une arme
Le 22 juin 2020, les policiers interviennent en pleine nuit dans le quartier Saint-Martin à Montpellier. Elias B., un jeune homme de 20 ans, est blessé par balle au thorax. À 3h55 du matin, il succombe malheureusement à ses blessures. L’un de ses amis, témoin de la scène, raconte aux forces de l’ordre qu’Elias aurait été agressé sur le parking. Il met en cause Samir et son père, Abdellakh F., évoquant des tensions entre Elias et le petit-frère de Samir. Selon plusieurs voisins, réveillés par des éclats de voix, quatre ou cinq individus étaient présents. L’un d’entre eux aurait été pris à partie : l’un le frappant, un autre tirant, tandis qu’un dernier restait en retrait. Après les tirs, deux des individus auraient immédiatement pris la fuite. Sur les images de vidéosurveillance, Abdellakh apparaît à 2h51. À 3h19, deux jeunes sortent en courant tandis que Samir est filmé, semblant manipuler une arme.
Le lendemain, le RAID intervient et Abdellakh est interpellé. Placé en garde à vue, il dénonce son fils … mais pas Samir : son autre enfant, affirmant que celui-ci l’avait appelé à 2 heures du matin pour signaler une altercation avec Elias. Mais, confronté aux images de vidéosurveillance, il revient sur ses déclarations, reconnaît avoir voulu protéger Samir et avoir faussement accusé son plus jeune fils.
En cavale depuis le lendemain des faits
Les investigations se poursuivent, mais Samir reste introuvable … en cavale depuis le lendemain des faits. Faisant l’objet d’un mandat de recherche et d’un mandat d’arrêt, il échappe aux forces de l’ordre jusqu’en novembre 2022. Abdellakh, effectuant des déplacements entre la France et la Belgique, est placé sous surveillance. Il finit par conduire les enquêteurs jusqu’à son fils à Charleroi. Samir est alors interpellé par les autorités belges avant d’être rapatrié en France. « Quand je me suis fait attraper, c’était un soulagement », précise-t-il.
Tout aurait commencé à cause de son frère, qui aurait « ramené un guet-apens ». Lors de ses auditions, il reconnaît avoir trouvé une arme par terre et avoir tiré, mais ses déclarations restent confuses. Dans un premier temps, il affirme avoir tiré sans viser et pris la fuite par peur. Plus tard, il revient sur son récit en parlant de légitime défense, pour protéger son père à terre. Il aurait fait feu plusieurs fois en l’air avant de tirer effectivement sur quelqu’un, pensant que son père était en danger. « Je n’ai plus le souvenir », balbutie-t-il lorsque le président lui demande davantage de détails. « Je suis parti en Belgique par peur des représailles. Puis, je voulais me rendre mais je n’y arrivais pas », poursuit-il.
Un contexte familial complexe
Au-delà des faits, le contexte familial de l’accusé semble être complexe. L’un de ses frères a été harcelé et frappé pour avoir refusé de s’impliquer dans des trafics de stupéfiants, tandis qu’un autre est tombé dans la délinquance. Samir serait, quant à lui, resté à l’écart. Au fil de l’audience, la personnalité de l’accusé commence à se dessiner, sur laquelle la cour se penche ensuite.


