InfOccitanie : Le Rassemblement national vous a proposé une alliance avec l’UDR en 2026 à Nîmes, vous avez refusé. Comment avez-vous perçu cet appel du pied, un gage de reconnaissance ou un déshonneur ?
Franck Proust : C’est mal me connaître au regard de mon parcours politique. Comme Jean-Paul Fournier j’ai toujours combattu les extrêmes, de droite comme de gauche. J’ai toutes les investitures de droite et du centre, pensez-vous réellement que j’aurais accepté cette proposition ? Ceci dit, j’ai conscience que mon électorat, tout comme celui de gauche, se réfugie dans les extrêmes notamment par colère. Je veux leur dire qu’une élection municipale est une élection locale. Un maire travaille au quotidien avec ses administrés sur l’aménagement d’un rond-point, la collecte des ordures, la construction d’une crèche… J’ai démarré ma vie politique avec Jean Bousquet (ancien maire de Nîmes, ndlr) qui avait coutume de dire : ‘ni de droite, ni de gauche, mais de Nîmes’. A Nîmes Métropole dont je suis le président, certains ne partagent pas mes opinions au niveau national, mais on est capable d’aller chercher une majorité de projets pour l’intérêt du territoire.
InfOccitanie : Cette proposition d’alliance avec l’extrême droite est-elle vraiment surprenante, au regard des sorties médiatiques du président de votre parti politique LR, Bruno Retailleau ?
Franck Proust : Contrairement à la Gauche, nous n’avons jamais franchi le Rubicon. Certains disent que Bruno Retailleau parle beaucoup d’insécurité, qu’il ‘droitise’ son discours, or c’est un sujet qui n’appartient ni à la droite, ni à la gauche. Quand je vais dans les quartiers à Nîmes, les mamans me demandent de les protéger avec leurs enfants. Avec Jean-Paul Fournier, nous avons fait de belles choses, il faut maintenant travailler à effacer les fractures sociales, économiques, géographiques, cela dépend beaucoup du régalien par ailleurs.
InfOccitanie : L’avocate nîmoise Khadija Aoudia a déposé plainte contre Bruno Retailleau pour « provocation à la haine et discrimination », pour le compte de deux associations. Êtes-vous en accord avec toutes les positions de Bruno Retailleau ?
Franck Proust : J’ai parfois des divergences d’appréciation mais globalement, oui, je suis en accord avec la ligne de mon parti. J’ai ma propre personnalité évidemment, nous ne sommes pas un parti stalinien, nous n’avons pas l’obligation d’être d’accord sur tout. Mais je le suis sur beaucoup de choses, notamment la notion de travail, la liberté, le monde de l’entreprise. On ne peut pas résumer la position de LR sur deux, trois sorties médiatiques. Il ne faut pas non plus nier les difficultés que traverse notre pays.
InfOccitanie : Vous êtes l’élu le mieux rémunéré de Nîmes, devant le maire, si l’on compte vos différentes indemnités à la Ville et à l’Agglo (lire Objectif Gard). Peut-on dire aujourd’hui que vous vivez de la politique ?
Franck Proust : Non, je suis agent général d’assurance. Je suis d’ailleurs l’un des seuls candidats à être chef d’entreprise, à payer des charges et des fournisseurs. En net, je perçois 3900 euros par mois en tant que président de Nîmes Métropole, j’ai 500 personnes à ma charge. Tout compris, je perçois environ 5000 euros nets par mois, ce qui peut surprendre de nombreux chefs d’entreprise du territoire qui perçoivent bien plus que moi. Les indemnités sont plafonnées, pointer sans cesse ce sujet risque d’appauvrir le niveau des responsables politiques à terme. Je persiste à penser par ailleurs qu’un politique qui n’a jamais travaillé de sa vie, ni évolué au sein d’une collectivité, est déconnecté des réalités.
InfOccitanie : Vous ne souhaitez pas voir « l’extrême gauche » aux manettes de la ville, référence au candidat communiste Vincent Bouget. Vous éludez toutefois le bloc de Gauche qui le soutient : PS, EELV… Sans LFI. Une manœuvre pour le décrédibiliser ?
Franck Proust : Non, c’est un constat. Il y a quand même des personnes aujourd’hui au sein des socialistes et de la Gauche modérée à Nîmes qui sont mal à l’aise. Il n’y a pas beaucoup de villes de plus de 100 000 habitants en France qui suivent un leader communiste. Et puis, le PS d’aujourd’hui n’est pas celui du temps de Georgina Dufoix (ancienne ministre socialiste du Travail, ndlr) ou il y avait de vrais socialistes. Souvenez-vous par ailleurs de l’accord de la Gauche avec LFI lors des législatives avec la NUPES.
InfOccitanie : Si le PCF est d’extrême gauche, comment positionnez-vous Révolution permanente, le Nouveau parti anticapitaliste ou Lutte ouvrière sur l’échiquier politique ?
Franck Proust : Ils sont tous à la gauche de la gauche. Je combat ces formations politiques qui nuisent beaucoup à mon pays. Vous savez, lorsqu’un chef d’entreprise cherche à s’implanter, il regarde notamment la couleur politique du maire. En termes d’image, d’attractivité économique, de richesse, avoir un maire communiste à Nîmes serait un repoussoir. Regardez dans les années 60, IBM devait venir à Nîmes. Ils ont fini par s’installer à Montpellier, pour quelle raison ?
InfOccitanie : Quel regard portez-vous sur la démarche participative citoyenne du collectif de Gauche Nîmes en commun ?
Franck Proust : Quand on est un élu local, on est tous les jours sur le terrain. Je n’ai pas besoin d’administrer un questionnaire pour savoir ce que pensent les Nîmois. Je les rencontre matin, midi et soir, y compris les week-ends. Croyez-moi, ils ne prennent pas de gants pour me dire ce qui ne va pas. Je fais de nombreuses réunions, j’ai des comptes-rendus, je teste des hypothèses et surtout je chiffre. Vous savez, en campagne, c’est le concours Lépine des bonnes idées, mais le budget derrière ne suit pas, surtout au regard de la conjoncture draconienne qui se profile.
InfOccitanie : Sophie Roulle (groupe Nîmes avenir) a annoncé porter plainte pour un photomontage insultant et sexiste. Vous dites être également victime de ce genre de manoeuvre sur les réseaux sociaux. Envisagez-vous des poursuites judiciaires ?
Franck Proust : Quand vous voyez ce qu’on me met matin, midi et soir… C’est la problématique des réseaux sociaux avec les faux profils, la porte ouverte à n’importe quoi. Mais si je devais aller à chaque fois porter plainte, je passerais ma vie au commissariat. C’est simple, je ne regarde plus les commentaires. J’ai toujours fait de la politique proprement, sans m’attaquer à l’homme ou à la femme. Je regrette ce climat d’insultes, dommageable surtout pour notre entourage.
InfOccitanie : « Le temps de la politique des barons est révolu », dixit le duo Plantier-Rouverand en lice pour les municipales. Que leur répondez-vous ?
Franck Proust : Cela fait combien de temps que Julien Plantier fait de la politique ? Plus de vingt ans. Il a été premier adjoint de cette « baronnie », élu sur l’étiquette LR au Département. On me parle aussi de mon âge, j’ai deux ans d’écart avec Valérie Rouverand. Un maire doit rassurer, avec mon expérience de la politique et mes réseaux à Paris et Bruxelles, c’est une force pour concrétiser les projets. Et puis, si Jean-Paul Fournier avait été si mauvais, expliquez-moi comment il a été réélu plusieurs fois ? J’ai fait des propositions à Julien que même Jean-Paul Fournier ne m’avait jamais faites en plus de trente ans. Je ne ferai qu’un mandat, je proposerai pour autant une vision à cinq, dix, quinze ans, même si je ne serai plus là pour couper les rubans.
InfOccitanie : Lors d’une conférence de presse sur vos propositions en matière de sécurité, vous déclarez : « Il faut recréer le couple maire-préfet ». Est-il insuffisant à ce jour ?
Franck Proust : Il y a des réunions régulières avec l’adjoint ou le directeur de la police, mais il faut aller plus loin. J’ai vu l’efficacité de ce couple lors du Covid, en temps de crise. J’aurai bien sûr une personne adjointe à la tranquillité publique pour les choses du quotidien, mais la politique sécuritaire doit s’opérer au niveau du binôme maire-préfet.
InfOccitanie : Lors d’une autre conférence de presse sur l’aménagement urbain, il a été question de places arborées, de fontaines, de nénuphars, de transformation spectaculaire… Un brin utopique ?
Franck Proust : C’est un plan sur 10 ans, avec 30 places, 300 rues, 3000 arbres. Je voulais proposer, à travers un architecte basé à Florence et à Rome, une philosophie d’aménagement. Les images projetées ne représentent pas à l’identique ce qui se fera, ce sont des projections, mais l’esprit y est de la petite Rome française. Rue Richelieu par exemple, plus de 30% des bâtiments sont inhabités, il faut recréer de l’espace au service de la mixité sociale. Nous prévoyons également la préemption végétale sur des parcelles afin d’en faire des parcs par exemple, ou du moins y planter des arbres. Je préfère 150 000 habitants qui vivent bien, plutôt que 200 000 qui vivent mal.
InfOccitanie : Et le social et la cohésion dans tout ça ?
Franck Proust : Bien sûr, j’ai des propositions à faire en la matière, avec notamment la santé. Fin janvier début février, je prévois une conférence de presse durant laquelle j’annoncerai mon programme de manière exhaustive. Je ne sais pas encore si j’annoncerai également toute mon équipe. Ma liste est bouclée à 95% sur les positions éligibles. Je dois encore voir quelques profils et mener des négociations avec d’autres partis qui m’ont soutenu.
InfOccitanie : Attractivité commerciale de l’écusson, certains préfèrent voguer vers la périphérie…
Franck Proust : Nous allons poursuivre le travail entrepris jusqu’à présent, en renforçant l’implantation d’enseignes qualitatives notamment. Fragonard, Zara qui a magnifiquement bien réhabilité son magasin, les Galeries Lafayette, monsieur Bricolage… Nîmes est la seule ville de France où le taux de vacance commerciale diminue de 4%. Par ailleurs, le travail sur les mobilités est au rendez-vous : 17 stations supplémentaires de Némovélo, la T4 depuis Caissargues, un parking relais de 280 places…Nous avons des projets de parking silo également.
InfOccitanie : Un dernier mot ?
Franck Proust : Je demande de prendre conscience de la difficulté que nous allons vivre sur le prochain septennat. Vous l’avez vu à l’Agglo, j’ai dû composer avec 3,3 millions d’euros de budget en moins sur les frais de fonctionnement, 500 000 à la ville. Pour participer au désendettement du pays, l’implication des collectivités va être de plus en plus forte. Je représente la France au Comité des Régions, on se bat bec et ongles pour que les Fonds de cohésion soient conservés. L’Europe a pris la décision de renforcer son industrie d’armement et c’est heureux, mais cela va être pris sur le budget européen à compter de 2028. Ce Fonds de cohésion représente par exemple 10 à 16% du financement du PAPI 3 sur le Cadereau d’Uzès. Je m’engage à ne pas augmenter la fiscalité à Nîmes. Contrairement à certains qui s’engagent à la baisser, je ne veux pas mentir aux Nîmoises et aux Nîmois !


