"Il faut rentrer dans les clous comme pour tout événement sportif ou culturel. Alors oui, cela coûte plus cher avec la sécurité privée par exemple, mais c'est obligatoire", rappelle la préfète de l'Hérault Chantal Mauchet, suite aux revendications des nombreux "teufeurs" réunis samedi dernier devant la mairie de Montpellier. A l'aune du projet de loi Ripost actuellement à l'étude au Parlement, ces derniers dénonçaient sur le parvis de la Maison bleue une atteinte à la liberté de danser, à la culture du "teknival" et des mesures de police jugées disproportionnées. "Je rappelle que la dernière rave party s'est tenue sur un terrain privé de huit hectares, c'est une violation de propriété. Le propriétaire a eu peur d'être molesté, nous avons mis des réservistes 24h/24 sur sa propriété. Le groupe électrogène était également dans la bergerie d'un propriétaire qui nous a appelé", rembobine le colonel Frédéric Schneider lors d'une conférence de presse le 10 juin, non loin du matériel saisi (vidéo en fin d'article).
"Je rappelle que la rave party s'est tenue sur un terrain privé"
La rave party sur les communes de Ferrières-les-Verreries et Claret dans la nuit du 5 au 6 juin 2026, au nord du Pic Saint-Loup, a réuni près de 2500 personnes. La fermeture des accès routiers a permis de contenir le nombre de participants estimé à 1 800 le lendemain, après le départ d’environ 200 véhicules. Le bilan établi par le colonel en dit long : 1812 véhicules contrôlés, 4525 personnes contrôlées, 457 amendes forfaitaires délictuelles (AFD) dressées pour détentions – usages de stupéfiants ainsi que pour port d’armes de catégorie D (armes blanches) et 1111 infractions constatées au code de la route (non respect de l'arrêté préfectoral notamment). "Deux organisateurs ont été identifiés, soumis à une contravention de 5ème classe (organisation sans déclaration préalable d'un rassemblement festif à caractère musical avec diffusion de musique amplifiée dans un espace non aménagé, ndlr)", abonde le gendarme. Le matériel composant le mur de son (enceintes et armatures) ainsi que le groupe électrogène ont été saisis. Un préjudice pour les organisateurs de plusieurs dizaines de milliers d'euros.
Les deux organisateurs interpellés
La rave party a mobilisé quotidiennement près de 160 militaires de la gendarmerie nationale (effectifs locaux appuyés par deux escadrons). "Un coût très important pour l'Etat et la société estimé à 105 000 euros", précise le colonel Schneider. La préfète, qui annonce se constituer partie civile, a demandé à l'Office français de la biodiversité de se rendre sur place pour identifier les atteintes à l'environnement. Des plaintes ont été déposées par les propriétaires des parcelles concernées ainsi que par les maires.
"Ce genre de rassemblement met en danger les organisateurs et les participants"
"Avec le projet de loi Ripost , les sanctions seront considérablement accrues pour les organisateurs et participants aux rave party. Des sanctions pénales qui deviendront délictuelles (et non plus contraventionnelles), ce qui signifient des amendes plus lourdes et des peines d'emprisonnement encourues", tient à rappeler la préfète. "Ce genre de rassemblement met en danger les organisateurs et les participants, puisque nous n'avons aucun interlocuteur afin de le préparer correctement. Là, j'ai été mise devant le fait accompli", déplore la représentante de l'Etat. "S'il y avait eu un incendie à ce moment-là, on aurait eu des morts", alerte le colonel. Ce dernier précise que, selon les réquisitions du parquet, les gendarmes, qui ont utilisé drones pour survoler la zone, n'ont pas pu fouiller et saisir le matériel de "sound système" entreposé à l'arrière des camping-cars, considéré comme une habitation.
"On travaille avec les élus"
Il s'agissait de la troisième édition de cette rave party dans le département, le lieu n'avait pas été utilisé depuis 2012, indique le colonel. Un plan "rave bleu" a rapidement été actionné, permettant la mobilisation massive des gendarmes du département sur le terrain afin de dissuader les participants. "Le travail se fait également avec les élus concernant l'identification des points sensibles, l'enrochement des chemins, etc.", poursuit la préfète qui fait montre d'une tolérance zéro et recevra prochainement des maires de la communauté de communes Lodevois Larzac à ce sujet.


