"J’ai juste eu l’impression qu’on essayait de me tuer, non de me voler ou de me violer. Le geste en lui-même, c’était clairement celui de me trancher la gorge". Il y a bientôt deux ans, Madeleine a été victime d'une tentative de meurtre. Alors qu'elle marchait, un homme est arrivé derrière elle, a posé ses mains sur ses épaules avant de lui porter un coup de cutter à la gorge. Elle a survécu à ses blessures.
Ce lundi, Soulaïmana fait son entrée dans le box des accusés. Durant plusieurs jours, la cour d’assises de l’Hérault examinera son affaire : il est accusé de tentative de meurtre. Désormais, son sort est entre les mains des trois magistrats et du jury populaire, composé de trois femmes et trois hommes. Verdict attendu mercredi 24 juin.
Grièvement blessée au cou par une arme blanche
Tout commence dans la nuit du 3 juillet 2024. Peu après 2h30, les policiers sont appelés aux Arceaux à Montpellier (Hérault), où une femme de 27 ans vient d'être grièvement blessée au cou par une arme blanche. Lorsqu'ils arrivent, ils découvrent Madeleine couverte de sang. Elle présente une plaie de 26 centimètres. Son pronostic vital est engagé. Les images de vidéoprotection de la ville constituent rapidement une première piste. Les enquêteurs y distinguent un homme qui semble suivre Madeleine dans les minutes précédant l'agression. Il porte des baskets blanches et de longues dreadlocks.
Lorsque son état le permet, la jeune femme est entendue. Elle raconte sa soirée entre amis, puis son retour à pied jusqu'à son domicile. Arrivée devant sa porte, alors qu'elle sort ses clés, elle sent deux mains se poser sur ses épaules. Dans la seconde qui suit, une douleur violente lui déchire le cou. Elle hurle. Son agresseur prend la fuite. Gravement blessée, Madeleine tente de comprimer elle-même sa blessure à l'aide d'une robe qu'elle venait d'acheter dans l'après-midi. Des passants interviennent, puis les secours prennent le relais. Si son pronostic vital finit par ne plus être engagé, les séquelles psychologiques de l'agression demeurent importantes.
Déjà condamné pour agression sexuelle et vol à main armée
Son agresseur, quand à lui, demeure toujours introuvable. Les policiers poursuivent leurs investigations et renforcent leur surveillance du secteur. Le 10 juillet, ils contrôlent un homme susceptible de correspondre au signalement recueilli dans l'enquête. Il s'agit de Soulaïmana. Les investigations se concentrent alors sur lui. Il n'est pas inconnu de la justice : il a déjà été condamné pour agression sexuelle et vol à main armée. L'exploitation de sa ligne téléphonique révèle que son téléphone a borné à proximité immédiate du lieu de l'agression au moment où celle-ci a été commise. Le 17 juillet, il est interpellé puis placé en garde à vue. Une perquisition est menée au domicile de Christian, qui l'héberge. Dans les affaires de Soulaïmana, les enquêteurs découvrent un cutter.
Dans un premier temps, le suspect nie toute implication. Puis son récit évolue. Il reconnaît avoir été présent sur les lieux et avoir suivi Madeleine, mais conteste toute intention de la tuer. Se décrivant comme alcoolique, il explique qu'il était alors en manque et cherchait à dérober ses effets personnels pour les revendre. Il admet avoir brandi le cutter pour intimider la jeune femme, mais assure que son objectif était uniquement de lui faire peur. La victime aurait alors brusquement sursauté, provoquant chez lui un mouvement réflexe qui aurait entraîné la blessure. Un coup porté accidentellement, affirme-t-il. Soulaïmana réfute ainsi toute intention homicide.
Je voulais l'aider, ça aurait pu être mon fils
Les investigations se poursuivent. Christian est entendu. Il hébergeait Soulaïmana depuis plusieurs semaines, alors que ce dernier était sans domicile fixe. "Je voulais l'aider, ça aurait pu être mon fils", déclare-t-il lors de son audition. Selon lui, Soulaïmana sortait chaque soir et ne faisait que dormir en rentrant. À tel point qu'il l'avait surnommé "le dormeur". Christian évoque toutefois un autre épisode. Alors qu'il regardait un film pornographique, l'accusé serait venu le voir en lui disant avoir visionné cette vidéo. Une scène particulièrement violente : une femme y apparaît apparemment droguée et attachée, tandis qu'une autre la lacère. Christian dit avoir été profondément choqué par la scène qu'il vient de voir. Soulaïmana, de son côté, aurait avoué à son colocataire s'être masturbé devant. Dans le box, l'accusé conteste entièrement ces déclarations. Une information judiciaire est ouverte le 17 juillet 2024. Il est placé en détention provisoire.
Dans le box, l'accusé est interrogé sur les faits. Le président reconstitue la scène pas à pas : "Vous vous approchez de [la victime] sans faire un bruit. Elle ne vous entend pas. Jusqu'au moment où elle sent vos mains sur ses épaules, elle ne sait même pas qu'il y a quelqu'un derrière elle", rappelle-t-il. Puis, il lui demande : "Montrez à la cour ce qu'il s'est passé". L'accusé s'exécute et reproduit sa version des faits : "Je suis arrivé derrière elle, j'ai mis mon bras au niveau de sa gorge". Le président l'interroge aussitôt sur la blessure : "Comment expliquez-vous la plaie ?". "Je ne peux pas l'expliquer", répond-il. "Vous ne pouvez ou ne voulez ?", insiste le président. "Je ne peux pas expliquer la blessure", répète l'accusé.
Alcool, cannabis et relations familiales fragilisées
L'échange dans le box s'achève, et le procès glisse vers un autre versant : celui du parcours de l'accusé. Une enquêtrice de personnalité est allée à sa rencontre en février 2025. Célibataire, sans enfant ni emploi, il ne dispose d'aucune ressource propre et vit avec une aide de ses parents. Il revient sur une enfance passée à Mayotte. Son père est directeur d'école, sa mère travaille au sein d'une Protection Maternelle et Infantile (PMI). Il grandit principalement chez sa grand-mère, dans un contexte familial qu'il décrit comme marqué par la violence. Le divorce de ses parents, en 2005, est un tournant difficile. À l'adolescence, il bascule dans les consommations d'alcool et de cannabis. Il décroche au lycée et n'obtient pas le baccalauréat. À 24 ans, il arrive en métropole "pour voir autre chose", rejoint son frère, mais se retrouve rapidement dans une situation d'instabilité, entre hébergements précaires et périodes à la rue. Les relations familiales sont fragilisées, notamment avec son père et son frère, avec lesquels il n'a plus de contact depuis son incarcération en juillet 2024. À suivre : demain, les parties civiles viendront s'exprimer devant la cour.


