Occitanie : chasse aux "appelants", une pratique légale qui indigne et interroge

mercredi 14 octobre • 16:29
La chasse aux appelants, pratique de chasse légale, qui consiste à utiliser des oiseaux vivants pour attirer leurs congénères à portée de tir est vivement dénoncée par les associations de protection animale. Cette pratique soulève des questions éthiques et relance le débat sur l’évolution de la législation.

« Utiliser un animal captif pour attirer ses congénères vers la mort », c’est ainsi que Manon Delattre, responsable juridique de l’association de protection animale One Voice, définit la méthode de chasse dite des « appelants ». Cette technique consiste, dans les faits, à placer un animal vivant, généralement un oiseau, dans une cage à proximité d’une zone de tir ou d’une mare, afin que ses cris attirent ses congénères à portée de tir des chasseurs.

« Ce qui est légal n’est pas forcément moral ou éthique »

Cette méthode, jugée cruelle par de nombreuses associations de protection animale, est pourtant légale et encadrée, notamment par l’article R. 424-15 du Code de l’environnement, ainsi que par les arrêtés ministériels du 4 novembre 2003 et du 29 décembre 2010. « Ce qui est légal n’est pas forcément moral ou éthique », lance Manon Delattre, avant de poursuivre. "La méthode des appelants est une méthode cruelle parmi d’autres qui sont malheureusement encore autorisées aujourd’hui. C’est un scandale parce que la loi devrait évoluer avec la société », assure-t-elle.

Un changement de loi ?

Mais alors, la loi peut-elle évoluer ? Par le passé, des associations de protection animale, notamment One Voice et la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux), sont parvenues à faire interdire la chasse à la glu, qui consiste à enduire de glu les branches d’un arbre afin d’immobiliser les oiseaux. Autre exemple, en 2023, les associations ont obtenu l’interdiction de la chasse à la tendelle, une méthode de piégeage consistant à capturer des oiseaux en faisant tomber une pierre sur eux.

"À ce jour, nous n’avons pas de possibilité d’agir contre cette pratique légale »

De son côté, One Voice tente également de faire évoluer la législation sur l’utilisation des appelants. « Les actions juridiques sont limitées, étant donné que cette pratique est légale". La LPO aussi a des leviers juridiques restreints. "Toute personne sensible à la condition animale sera choquée par la vue de ces canards en cage ou attachés par les pattes. À ce jour, nous n’avons pas de possibilité d’agir contre cette pratique légale », explique Gérard Saba, responsable de la LPO du Gard.

Mobiliser l'opinion publique

Les associations peuvent donc aujourd’hui compter sur la mobilisation de l’opinion publique. « On essaie d’informer au maximum le grand public et de documenter le sujet parce que ce sont des choses qui sont souvent méconnues. Et tant qu’on ne le sait pas, on ne peut pas le questionner ou le remettre en question », explique la responsable juridique de One Voice. Enfin, pour Manon Delattre, « plus l’opinion publique se mobilise, plus, effectivement, au niveau politique, c’est facile pour essayer de demander des changements de loi ».


Antoine Fagant/InfOccitanie.