Montpellier : "Être à la rue tue aussi en été", des associations réclament un hébergement d'urgence pour les sans-abris

mercredi 01 juillet • 14:55
Réunies devant la préfecture de l'Hérault ce mardi 30 juin, plusieurs associations ont dénoncé les "carences structurelles de la préfecture de l'Hérault" et ont réclamé l'ouverture immédiate d'un centre d'hébergement d'urgence.

"À Montpellier, en 2025, trente-quatre personnes sont mortes dans la rue. " Sous une chaleur étouffante et à quelques jours d’une nouvelle vague de canicule, l'association Droit Au Logement Montpellier et le Collectif citoyen contre le sans-abrisme se sont rassemblés ce mardi à la mi-journée devant la préfecture de l'Hérault. À leurs côtés, plusieurs associations, parmi lesquelles le MRAP, Sakado et Une école en avenir. Leur objectif : dénoncer les défaillances des pouvoirs publics face au problème structurel de l'hébergement d'urgence des personnes sans-abri, une situation qui s'aggrave lors des épisodes climatiques extrêmes et met directement des vies en danger.

Une pancarte disposée devant la préfecture de l'Hérault

Camille Casanova / InfOccitanie

"Nous revendiquons le fait que la préfecture et la mairie deviennent pro-actifs et non réactifs quand des catastrophes surviennent", explique Gilles, membre du Collectif citoyen contre le sans-abrisme. Ce collectif est né au lendemain de la mort d'un homme de 28 ans, décédé de froid le 30 décembre 2025 à Montpellier (lire ici). Depuis, il multiplie les mobilisations. Le 7 mars dernier, il a notamment organisé un hommage aux personnes sans abri mortes dans les rues de Montpellier en 2025.

Les sans-abris, personne n'en parle

À l'approche d'une nouvelle vague de chaleur attendue dès ce dimanche 5 juillet, le collectif et les associations réclament l'ouverture immédiate d'un centre d'hébergement d'urgence accessible de jour comme de nuit. Ils alertent sur une situation qu'ils jugent de plus en plus préoccupante : le nombre de personnes sans abri ne cesse d'augmenter (350 000 en 2025 selon la Fondation pour le Logement, contre 120 000 en 2002 d'après l'INSEE) sans que les capacités d'accueil ne suivent. "La préfecture est aux abonnés absents", poursuit Gilles. Selon lui, si la mairie communique auprès des personnes âgées en leur indiquant les lieux où elles peuvent se rafraîchir, "les sans-abris, personne n'en parle".

Au-delà des risques liés à la canicule, les organisateurs entendent surtout "dénoncer les carences structurelles de la Préfecture de l'Hérault". Ils rappellent, en s’appuyant sur l'article L345-2-2 du Code de l'action sociale et des familles, que la préfecture, en tant que représentante de l'État, est tenue de garantir un hébergement d'urgence inconditionnel à toute personne qui en a besoin. Or, dans l'Hérault comme ailleurs en France, estiment-ils, le dispositif actuel est loin de répondre aux besoins.

À la rue depuis une semaine avec ses quatre enfants

Parmi les personnes présentes ce mardi, Hatice est venue témoigner de sa situation. Mère de quatre enfants, dont deux sont autistes, elle raconte avoir vécu, à son arrivée à Montpellier, dans un appartement de 44 m² occupé par neuf personnes. Après avoir dû quitter ce logement, elle se retrouve aujourd'hui à la rue avec ses enfants depuis une semaine. "J'ai appelé pour avoir un hébergement d'urgence mais aucune solution n'a été proposée", relate-t-elle.

Une lettre ouverte adressée au maire de Montpellier

"Combien faudra-t-il encore de morts pour que l'ensemble des pouvoirs publics prennent la mesure de l'urgence ?", interrogent les organisateurs dans une lettre ouverte adressée au maire de Montpellier. Ils rappellent qu'en novembre 2025, Michaël Delafosse avait "su prendre [ses] responsabilités". Après l'expulsion d'un squat, 35 personnes, dont de nombreux enfants, avaient installé un campement sur le parvis de l'hôtel de ville. Le maire avait alors dénoncé la décision de l'État, permis leur mise à l'abri et engagé une procédure pour obtenir le remboursement par l'État des frais engagés. Aujourd'hui, le Collectif citoyen contre le sans-abrisme et l'association Droit Au Logement Montpellier lui demandent de prendre "les mesures d'urgence qui s'imposent en cette période de canicule avec l'ouverture de plus de lieux d'accueil adaptés aux personnes sans logement (...)", mais aussi de faire usage de sa "compétence supplétive en lançant un plan massif de mises à l'abri, à la hauteur des enjeux, en [se] retournant contre l'État pour qu'il en assume le coût".

À l'issue du rassemblement, les organisateurs ont interpellé la préfecture de l'Hérault. Un rendez-vous est prévu avec le directeur de cabinet du préfet ce jeudi 2 juillet.

Camille Casanova/InfOccitanie.