Mohed Altrad est le fondateur et président du groupe industriel éponyme chapeautant quelque 70 000 salariés dans le monde. Il est également président du club de rugby MHR depuis 2011 et avait battu campagne lors des municipales de 2020 à Montpellier, récoltant 13,3 % au premier tour. Entretien.
InfOccitanie : Quel est votre projet économique autour du MHR ?
Mohed Altrad : Je veux offrir aux Montpellierains une infrastructure qui permettrait au club d’aller chercher encore plus de titres et d’inscrire définitivement le MHR dans les grands clubs européens de rugby. Nous avons atteint un plafond de verre, pour le dépasser, il nous faut des infrastructures dignes de ce nom et dignes de notre ville. Je souhaite investir pour l’attractivité économique de la collectivité, afin d’impulser un village rugby au quartier Ovalie, constitué d’entreprises, d’une agence bancaire, d’un centre commercial, de bars, de restaurants, de lieux ludiques, d’un parking… L’idée est de faire vivre ce lieu quotidiennement. Il existe des modèles similaires à Nantes, Nice, etc., qui fonctionnent très bien.
InfOccitanie : 500 000 euros investis par la Ville de Montpellier pour sauver la pelouse du GGL Stadium. A la hauteur des enjeux selon vous ?
Mohed Altrad : Monsieur Delafosse ne répond à aucune de mes sollicitations depuis un moment, je lui ai écrit un tas de mails. C’est une décision que l’on doit mûrir ensemble. Le club n’a même pas été consulté, et de quel type de pelouse parle-t-on ? Il sous-entend qu’il n’a aucune responsabilité dans l’état détérioré de la pelouse. Or, c’est bien lui qui a pris la décision d’accueillir des équipes lors des JO, pendant l’intersaison. Un entrainement, cela sollicite beaucoup la pelouse. Et puis 500 000 euros, cela ne suffira pas au regard des besoins. Ils viennent à peine de gaspiller 40 000 euros dans une tentative de récupération de la pelouse. A quand la fin du gaspillage ?
InfOccitanie : Les décisions de Christian Assaf, vice-président en charge des Sports à la Métropole, sont-elles pertinentes selon vous ?
Mohed Altrad : Monsieur Assaf est aujourd’hui le VRP sport de monsieur Delafosse, il n’est pas décisionnaire. Il ne fait que brasser de l’air. La non finesse de la personne qui s’agite pour faire des effets de manche et cacher la réalité, ainsi que son manque de culture économique, feront que je ne m’étalerai pas sur lui. Je ne répondrai pas aux qualificatifs calomnieux qu’il a employés à mon égard. Qu’il s’insère dans l’économie réelle au lieu de vivre de ces mandats politiques, pendant que les gens se battent au quotidien pour joindre les deux bouts. Lorsqu’il affirme que la métropole verse 1,7M€ de subvention au club, c’est soit une méconnaissance des chiffres, soit un énième mensonge.
InfOccitanie : Comment qualifiez-vous le bilan de Michaël Delafosse à un an des municipales de Montpellier ?
Mohed Altrad : Je vous renvoie vers le mépris du maire face à la situation critique des habitants des 4 boulevards qui ne sont pas considérés. Et l’on ose parler de ville apaisée ? Il n’y a qu’à circuler en ville pour voir que l’on a besoin d’un GPS pour s’y retrouver. Le centre-ville est enclavé. Les faits divers quotidiens témoignent de l’insécurité régnante dans notre ville. La politique zéro déchet mal initiée a abouti concrètement à une ville devenue sale. Une taxe d’ordure ménagère qui augmente de manière exponentielle et une collecte qui diminue, voilà le bilan de la majorité actuelle. Il déroule une politique de communication et non d’action. Ce n’est pas pour rien qu’il a dépensé 107 000€ dans des cabinets de conseil en communication.
InfOccitanie : Pourquoi, selon vous, monsieur Delafosse ne répond pas à vos sollicitations ?
Mohed Altrad : Justement, je me pose la question ! Je suis un Bédouin, originaire des déserts du Moyen-Orient. Je commence très bas dans le cycle économique en faisant un premier achat d’actifs d’une entreprise d’échafaudage en faillite. Aujourd’hui, le groupe Altrad est leader dans son domaine avec 70 000 salariés dans 100 pays et 6 milliards de chiffre d’affaires. En 40 ans, nous n’avons jamais cessé de croitre. Quant au MHR, depuis mon arrivée, nous avons été Champion de France et deux fois Champion d’Europe. C’est un bonheur pour le rayonnement de Montpellier. Mon parcours l’impressionne-t-il ? Est-ce que mes réalisations sur le plan économique l’intimide et mettraient en lumière ses échecs et ceux de l’exécutif ?
InfOccitanie : Comment expliquez-vous la situation financière périlleuse qu’a traversé l’association du MHR, pointée par la Chambre régionale des comptes ?
Mohed Altrad : Le club de rugby se compose de la partie professionnelle et de la partie associative. La loi stipule qu’il est obligatoire de conserver une gestion indépendante entre les deux structures. Il se trouve que l’association a été gérée par des personnes qui n’étaient pas de bons gestionnaires, engageant trop de dépenses. Le management a finalement été revu, cas exceptionnel, le club a injecté 600 000 euros à l’association pour la simple et bonne raison qu’elle est nécessaire afin de conserver la licence.
InfOccitanie : Pourquoi n’avoir jamais siégé au conseil municipal ? Pourquoi avoir démissionné ?
Mohed Altrad : Que voulez-vous dire par n’avoir jamais siégé ? J’ai toujours été représenté par mon groupe. J’ai toujours suivi les dossiers et donner mes avis et les orientations à tenir. Pour ce qui est de ma présence physique au conseil, je considère qu’avec la majorité actuelle qui n’écoute pas les propositions des autres groupes, on s’apparente à une chambre d’enregistrement. J’ai démissionné en fin de mandat pour prendre de la hauteur et surtout, ne pas être complice de ces jeux politiques qui mènent Montpellier vers le mur. Je le répète, Montpellier mérite mieux.
InfOccitanie : A l’antenne de Sud Radio, vous avez dit réfléchir à une candidature en 2026 à Montpellier, où en êtes-vous de votre réflexion ?
Mohed Altrad : Une éventuelle candidature, c’est un cheminement personnel. Je n’oublie pas ce que cette ville a fait de moi, si je peux lui rendre, je ne manquerai pas de le faire. Montpellier peut réussir, Montpellier doit réussir. Mais la configuration politique ne lui permet pas d’être ce qu’elle devrait être.
InfOccitanie : Comment expliquez-vous votre défaite en 2020 ?
Mohed Altrad : J’ai découvert le monde politique en 2020, dans un contexte très particulier, celui du Covid. Je fais à 3% jeux égal avec le maire actuel au 1er tour. Dans la vie on apprend, c’était un coup d’essai mais je ne désespère pas que cet essai soit transformé prochainement.
InfOccitanie : Beaucoup vous ont reproché votre alliance au second tour…
Mohed Altrad : Etant novice en politique, je pensais créer un rassemblement large et représentatif pour la ville, mais j’étais loin de mesurer le degré de dogmatisme de certains. En revanche, mes alliances ont été faites en toute transparence et non en arrière-boutique, en créant une scission dans une liste conduite par Clothilde Ollier (Mupes, ndlr), pour retrouver les mêmes protagonistes au sein de la majorité actuelle. Ceci est de la politique de comptoir qui est faite sur le dos des Montpellierains qui méritent mieux.
InfOccitanie : Mohed Altrad sur le fauteuil de maire en 2026, quelles seraient les premières décisions que vous prendriez ?
Mohed Altrad : La première des choses, c’est de gérer l’argent du contribuable autrement et créer de la richesse. Je veux relancer des projets économiques, créer de la richesse au niveau local, national et international. Cette ville est en train de mourir économiquement par manque d’ambition. J’en ai mal au cœur. On ne gère pas une ville comme on gère un parti politique.