Gard : « Nîmes est passée à côté de son histoire », Benoît Hamon parle ESS au côté de Vincent Bouget

samedi 14 février • 11:27
Benoît Hamon s'est rendu à Nîmes ce vendredi avec sa caquette de président d’ESS France. Il n'a pas manqué d'apporter son soutien au candidat de la gauche Vincent Bouget, soulignant l'aspect "visionnaire" de son programme.

« Je suis surpris que l’on ne connaisse pas Nîmes pour son berceau du coopératisme… C’est comme si à Toulouse, Jean-Luc Moudenc ne s’intéressait pas aux avions ! » compare Benoît Hamon, abasourdi. L’ex-ministre sous Hollande, candidat à la présidentielle de 2017 et fondateur du parti politique Génération.s est sans équivoque : « Nîmes est passée à côté de son histoire », relative à l’Economie sociale et solidaire ou l’ESS. Une capitale gardoise intimement liée à ce domaine, associée à Charles Gide, figure de proue du mouvement coopératif et à l’origine de l’École de Nîmes au XIXᵉ siècle. Pour ce dernier, la coopération contribuait à l’émancipation sociale et permettait de protéger les plus fragiles tout en développant l’activité économique.

BenoÎt Hamon en visite à la SCOP Le Marmiton à Nîmes, vendredi 13 février. Photo : LM

« C’est comme si Jean-Luc Moudenc ne s’intéressait pas aux avions ! »

Vendredi 13 février, c’est avec sa casquette de président d’ESS France que Benoît Hamon visitait la SCOP Le Marmiton (Société Coopérative et Participative), tout en apportant son soutien au candidat de la gauche (hors LFI), Vincent Bouget.« Il fait de l’ESS un élément essentiel à son projet économique. Son programme est visionnaire », juge le chef de Génération.s. Lequel fait notamment référence au projet d’École de la coopération figurant dans le programme de ‘Nîmes en commun’.« Coopérer, cela s’apprend. Cette école permettrait de préparer l’avenir, d’attirer des diplômes de l’enseignement supérieur sur le territoire, d’être un lieu d’incubateur de projets afin d’attirer les investissements. Vous êtes dépositaire d’une petite partie de l’histoire des coopératives. Pourquoi n’y a-t-il pas d’investissements plus tôt ? », interroge Benoît Hamon.

Benoît Hamon dit soutenir le programme du candidat aux municipales Vincent Bouget. Photo : LM

Près de 12% de l’emploi salarié dans le Gard

Pour rappel, le 1er Schéma départemental de l’Economie sociale et solidaire (ESS) a été adopté par le Conseil départemental du Gard en mars 2024 (notre article). L’ESS représente un maillon fort du département qui compte presque 2300 structures employant 24 000 personnes, soit près de 12% de l’emploi salarié dans le Gard. L’ESS intervient dans de nombreux domaines de nos vies, à l’instar des coopératives agricoles, des associations d’aide à la personne, des mutuelles de santé, des fondations pour l’environnement, des clubs de sport, des compagnies de théâtre…

« Les bénéfices ne partent pas dans la poche des actionnaires mais sont réinvestis dans la société. Les décisions se prennent de manière collective, une personne égale une voix », décrit Benoit Hamon qui y voit des délibérations collectives plus « avisées et tempérantes ». Le Marmiton s’inscrit pleinement dans ce mode de gouvernance partagé. Créée en 1999, la société a été reprise par ses salariés en 2024 sous forme de SCOP.

Benoit Hamon visite la SCOP Le Marmiton à Nîmes. Photo : Linda Mansouri / infOccitanie.

« Les bénéfices ne partent pas dans la poche des actionnaires »

Le Marmiton compte aujourd’hui 26 salariés et 12 associés. Dans une ancienne habitation aménagée en atelier de production et en bureaux, l’équipe confectionne chaque jour 450 repas à destination des publics en perte d’autonomie vivant dans quatre départements. « La différence avec d’autres acteurs sur le marché, c’est la qualité de nos repas, nous faisons de plus en plus de bio. Nos livreurs vont par ailleurs dans des zones rurales les concurrents ne vont pas », précise l’équipe qui chouchoute les séniors. Dans les projets pour 2026, le Marmiton est à la recherche d’un local secteur Nîmes Ouest idéalement, proche de KM Delta ou marché gare, en raison des locaux actuels exigus.

« L’ESS française est copiée dans le reste du monde »

Après avoir visité les locaux de la SCOP, Benoit Hamon convoque les chiffres : « l’ESS représente 10% du PIB, les coopératives ont pesé pour 381 milliards d’euros l’année dernière, source Banque de France. Ce sont des emplois non délocalisables à Singapour par exemple… » Le président d »ESS France, dont le but est de représenter la filière auprès des pouvoirs publics, livre le projet de création de « marque ESS » cette année, facilitant la promotion et l’identification des acteurs coopératifs. « L’ESS française est copiée dans le reste du monde », souligne Benoit Hamon, depuis la loi de 2014 qui a créé ce statut hybride. A l’échelle locale, il s’agit ainsi de repenser l’écosystème pour favoriser les société coopérative, avec le concours notamment des pouvoirs publics qui peuvent investir jusqu’à 50% dans les SCIC par exemple (société coopérative d’intérêt collectif).

Maîtrise du foncier, achats publics, gouvernance des halles…

« La puissance publique a un rôle à jouer », estime le candidat aux municipales Vincent Bouget. Il cite tour à tour le foncier de l’agglomération, « pas assez maitrisé depuis plusieurs mandats », l’achat public qui pourrait être facilité à destination des acteurs coopératifs ou les modes de gouvernance à revoir. « La question se pose pour les halles de Nîmes par exemple, certains des étaliers craignent d’être mis dehors. (…) La Ville doit être partenaire des initiatives citoyennes et économiques qui concourent à l’intérêt général », plaide le conseiller départemental.

Linda Mansouri/InfOccitanie.