Montpellier : « Michaël Delafosse est à bout de souffle », Hind Emad claque la porte et rejoint Saurel

lundi 23 février • 16:33
C'est finalement auprès de l'ancien maire-président de Montpellier que Hind Emad fait campagne.

Et de trois. Après François Vasquez et Coralie Mantion, c’est au tour de la vice-présidente de Montpellier Métropole, Hind Emad, de quitter le navire. Cette dernière a annoncé retirer son soutien au maire sortant PS, candidat à sa réélection en mars prochain. La vice-présidente en charge du développement économique, de l’innovation et du numérique, en bonne place sur la liste de Michaël Delafosse en 2020, a oeuvré durant six ans à ses côtés. Pourquoi avoir attendu la fin du mandat pour désavouer sa trajectoire économique ? C’est la question qui brûlait les lèvres des journalistes réunis en conférence de presse le samedi 21 février au Café riche, sur la Comédie. L’intéressée y répond point par point.

Hind Emad aux côtés de Philippe Saurel, 21 février. Photo : Linda Mansouri / infOccitanie.

Vendredi dernier, c’est par le biais d’un communiqué de presse que Hind Emad annonçait solennellement le divorce. « Je ne soutiens plus Michaël Delafosse », lançait-elle, évoquant un « désaccord de fond » concernant la trajectoire économique et financière proposée pour les prochaines années, notamment sur la question de l’endettement et des priorités d’investissement. La fin de sa missive laissait présager une ouverture vers une autre écurie : « Je propose un pacte de stabilité fiscale, économique et sociale pour les trois prochaines années afin de redonner de l’air aux ménages et de la visibilité aux entreprises ».

Un « homme bâtisseur et humaniste »

C’est finalement avec Philippe Saurel (la rumeur bruissait dans les couloirs), que Hind Emad poursuivra cette aventure municipale. Et pas à n’importe quelle position, la voilà propulsée deuxième sur la liste de l’ancien maire-président (2014-2020). Une relation nouée il y a huit ans. « Nous avons des atomes crochus », confie Philippe Saurel, lorsque l’intéressée dresse le portrait d’un « homme bâtisseur et humaniste », dans la lignée d’une « gestion rigoureuse des deniers publics ». La nouvelle recrue dit avoir « écouté son coeur » ; « suivi ses interventions en conseil », et y avoir perçu de la « sagesse et de l’humilité ».

Après avoir été approchée par quasiment tous les candidats dit Hind Emad, c’est donc avec la liste « Montpellier citoyenne » de P.Saurel, visant à réinstaurer la « transparence démocratique et financière », qu’elle oeuvrera, aux côtés de personnes « d’horizons divers ». Une condition toutefois : « Aucun membre n’est encarté dans un parti », insiste Philippe Saurel, selon qui cela « contrarierait la dévotion au service des citoyens ». Comptez notamment sur le retour de Max Levita, spécialiste en économie, ancien élu à Montpellier et à la Métropole, « l’assurance d’une fiscalité transparente, ordonnée et équilibrée », juge la tête de liste. Philippe Saurel insiste sur l’axe économique de son programme : « Cela nécessite un travail d’équipe, beaucoup de rendez-vous au service des grandes entreprises mais aussi des petites et moyennes qui représentent 70% des emplois créés dans la région ».

« En 2020, Michaël Delafosse est venu me chercher »

Pourquoi ne pas avoir démissionné plus tôt ? « J’ai refusé de laver notre linge sale en public », en raison du Covid et d’une succession de crises notamment économique, alors que « nos entrepreneurs vivaient leur survie », argumente Hind Emad. Laquelle affirme que la « loyauté est une colonne vertébrale », et dit avoir agi en « responsabilité », tout en ne souhaitant plus apparaitre sur les photos officielles durant ces trois dernières années. « En 2020, Michaël Delafosse est venu me chercher, j’ai tenu la barre du développement économique trop souvent isolée, face à un noyau idéologique qui préfère les symboles plutôt que la réalité du terrain », assène Hind Emad. Celle qui a « repris sa liberté », regrette que plusieurs de ses recommandations et directives en lien avec le développement économique n’ont jamais été suivies, « j’ai très vite déchanté ».

« Utiliser des personnes pour leurs compétences, puis les jeter, je ne trouve pas cela correct »

Hind Emad confie avoir transmis au cabinet son souhait de ne pas réitérer l’engagement, il y a presque trois ans. « Cela a mis un peu de distance. Lorsque j’ai communiqué ma décision (de se retirer, ndlr) le 13 février dernier, le directeur de campagne m’a demandé de venir au local pour discuter de la suite. J’ai découvert que les candidats non maintenus par le maire ont été reçus, non pas par le maire sortant lui-même, mais par l’équipe de campagne. Ces mêmes personnes qui pendant les quatre derniers mois ont été dans les écoles diffuser des tracts. Utiliser des personnes pour leurs compétences, puis les jeter, je ne trouve pas cela correct », narre Hind Emad. Laquelle revient sur le débat des municipales dernièrement organisé par Midi Libre : « Michaël Delafosse est à bout de souffle, il est temps qu’il se repose, qu’il laisse place à de vrais gestionnaires ».

« Qu’il laisse place à de vrais gestionnaires »

Hind Emad souligne pêle-mêle plusieurs dysfonctionnements : « Du marketing territorial sans objectifs réels ; une agence de développement économique avec des photos affichées de coopérations territoriales sans participation financière des partenaires ; des locaux dédiés vides car conçus sans connaître les besoins réels des entreprises ». Elle fustige le choix de « rendre payant notre incubateur public le BIC top 3 des incubateurs mondiaux auprès des porteurs de projets innovants au risque de limiter leur créativité », tout en estimant que« le numérique, l’IA, les ICC (Industries Culturelles et Créatives, ndlr), les ENR étaient avant tout des moyens de communication ou pire un moyen d’exister pour certains élus ».

« Les trois quarts du mandat étaient dédiés à MedValee »

La même tire à balles réelles concernant l’exécutif :« Des voyages à des coûts faramineux sans résultats en termes d’implantations ou de développement de nos entreprises à l’international ; des événements et salons avec budgets illimités afin que l’on en parle dans les médias… Les 3/4 du mandat étaient dédiés à MedValee et l’agence des transitions sans compréhension du business développement, vu uniquement sous l’angle de la communication. Résultat : un budget colossal dépensé avec zéro retour sur investissement. Un niveau d’endettement historique jamais atteint! ».

« Des voyages à des coûts faramineux sans résultats »

Hind Emad propose aux côtés de Philippe Saurel de « redonner de l’air et de la visibilité aux entreprises », de« libérer » l’innovation, de débloquer l’accompagnement du BIC à « tous les créatifs », de supprimer la participation de 500 euros qui « freine les promoteurs de projets », de redynamiser le centre-ville dont la ZAC Pagezy située a gauche du Polygone, en « co-construisant avec les commerçants ».

« La ville a été brutalisée sans son consentement »

Sur un budget de 50 millions d’euros, partagé entre tourisme, relations internationales et autres, le service implantation et accompagnement de start-up bénéficiait de seulement 6 millions d’euros, selon Hind Emad, qui dit vouloir travailler sur l’accompagnement des porteurs de projets au regard de leurs besoins : logement, famille, transports, etc. Philippe Saurel invoque quant à lui le foncier : « il y a une réserve à côté de l’A9 et de l’A750. Il faut réfléchir à un projet de territoire, en partenariat avec les villes et agglomérations, indépendamment de la couleur politique ». Lequel fustige aussitôt : « la ville a été brutalisée sans son consentement, le plan de circulation a été conçu sans aucune réunion de concertation. L’ ESS (Economie sociale et solidaire, ndlr) a été abandonnée », à l’inverse des ambitions de ce dernier.

Linda Mansouri/InfOccitanie.