Montpellier : violences familiales et incendie en détention, un homme condamné

jeudi 16 avril • 17:33
À Montpellier, un homme a été condamné après avoir jeté de l'huile bouillante au visage de son frère et déclenché un incendie en prison.

Ce mercredi, Yassine*, portant un gilet gris foncé et des cheveux bouclés, arrive dans le box du tribunal correctionnel de Montpellier. « Vous avez l’air moins agité que la dernière fois », lui lance le président, Alexandre Baillon. Ce n’est pas la première fois qu’il comparaît devant le tribunal. Son dossier a été renvoyé une première fois, une expertise psychiatrique étant nécessaire. Yassine est mis en cause pour violences et détérioration du bien d’autrui.

Jet d’huile bouillante au visage de son frère

Les faits remontent au 2 janvier dernier. Un homme passe un coup de fil aux policiers : il affirme que, suite à une altercation, son frère, Yassine, lui a jeté de l’huile bouillante au visage. Quand les forces de l’ordre arrivent sur place, la porte est close, de l’huile et des traces de pas sont visibles sur le sol. La victime explique s’être rendue sur place pour apporter des cigarettes à son frère, lorsqu’elle a été aspergée « sans raison » d’huile bouillante au visage par ce dernier, décrit comme « souvent violent ». Avec 15 jours d’ITT, la victime pourrait devoir subir des greffes du visage. « Avez-vous des souvenirs de cette altercation ? », demande le président. Semblant désorienté, Yassine évoque quelques souvenirs juste avant d’ajouter : « On se croirait dans un film d’horreur ».

Les investigations débutent, le prévenu est placé en détention provisoire. Mais les faits ne s’arrêtent pas là. Le 7 janvier 2026, incarcéré à Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault), frustré de ne pas avoir de cigarettes, Yassine aurait mis le feu dans sa cellule. La situation étant en train de dégénérer, une surveillante pénitentiaire est appelée en renfort. Mais Yassine aurait refusé de sortir de sa cellule et se serait montré violent vis-à-vis des agents, en leur jetant des objets. La surveillante a, quant à elle, été conduite à l’hôpital. Interrogé sur les faits par le président, le prévenu livre des propos incohérents toujours à propos de son frère qui serait le « commanditaire ».

L’enquête se poursuit. Le prévenu rencontre un psychiatre lors d’un entretien qualifié de « compliqué » par le professionnel. Atteint de troubles psychotiques, Yassine présente, selon l’expert, une altération de son discernement au moment des faits, avec un risque élevé de conduite dangereuse.

« Ce personnel a été gravement abimé psychologiquement »

Avocat du frère du prévenu, Me Diab évoque « une situation déchirante » au regard de la gravité des faits et de la proximité entre son client et le prévenu. Au terme d’une plaidoirie placée sous le signe de l’apaisement, il rapporte les propos de son client, qui « accepte le pardon ». Estimant que, compte tenu des troubles du prévenu, sa place n’est pas en prison mais dans un établissement médical spécialisé. « Ce personnel a été gravement abimé psychologiquement », commence Me Castello, avocat des surveillants pénitentiaires, qui souhaitent « exprimer ce qu’ils ont sur le coeur ». Il rappelle que ses clients, présents uniquement pour accomplir leur mission, ont dû revêtir une tenue anti-incendie afin d’extraire le prévenu de sa cellule. « Si [le prévenu] est transféré dans un autre centre de détention, je crains pour les suivants », conclut-il. Le procureur de la République, quant à lui, requiert trente mois d’emprisonnement ferme. Me Durant, avocat de la défense, place le coeur de son propos dans la personnalité du prévenu.

Après environ une heure de délibération, le tribunal correctionnel de Montpellier a condamné le prévenu à trente mois d’emprisonnement ferme et a révoqué deux mois de sursis probatoire issus d’une précédente condamnation.

*Prénom d’emprunt

Camille Casanova/InfOccitanie.