Gard : Laurent Burgoa, « le SMIC ne doit pas être au même niveau que les aides sociales »

24/04/2024 • 09:33

Tour d’horizon des sujets d’actualité avec le sénateur LR du Gard, Laurent Burgoa.

InfOccitanie : Les sources des eaux minérales naturelles du groupe Nestlé (Perrier, Vittel, Contrex, Hépar), contaminées par des matières fécales, des pesticides et les PFAS selon l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire. Certains ministres sont soupçonnés d’avoir été au courant des manœuvres du groupe suisse sans avoir jugé bon d’avertir les consommateurs. Quel regard portez-vous sur cette affaire ?

Laurent Burgoa : Il faut être prudent. J’ai demandé plusieurs fois de visiter le site de Perrier à Vergèze, je n’ai jamais eu de retour. Je les questionnerai à ce moment là. Bien sûr qu’il faut être vigilant, la santé de nos citoyens est primordiale. Si une information judiciaire est ouverte par la suite, la justice fera son travail. C’est tout de même un site important pour notre département, je ne jetterai pas l’eau sale avant d’y voir plus clair. Rappelons que l’entreprise fait vivre beaucoup de familles sur notre territoire…

Vous assumez pleinement votre vote en faveur de la loi Immigration (censurée en grande partie par le Conseil constitutionnel depuis), et notamment le retrait de l’AME (Aide médicale d’État) au profit de l’AMU (Aide médicale d’urgence). L’Ordre des médecins du Gard était par ailleurs « vent debout » contre une restriction des conditions d’accès de l’AME. L’AMU n’était-elle pas plus dommageable en matière de santé publique ?

Ce n’est pas du tout ce dont il s’agit. Nous avions voté un texte qui permettait de bénéficier d’une hospitalisation d’urgence, pour une appendicite par exemple. Ce que l’on ne souhaite pas, ce sont des étrangers qui bénéficieraient de soins dentaires ou de soins esthétiques, qui ne sont pas une nécessité absolue. Je n’ai jamais cédé à la tentation des extrêmes, mais à un moment donné, il faut écouter la position de nos concitoyens. Il faut intensifier les coopérations internationales, les fonds dédiés aux pays africains ont largement bénéficié aux dirigeants plus qu’aux populations. Cela aurait permis d’éviter certaines vagues d’immigration d’Afrique vers l’Europe.

Une vague d’immigration bienvenue pour travailler dans l’agriculture, le bâtiment, la restauration, qui manquent cruellement de main d’œuvre

Je ne dis pas le contraire, d’ailleurs ce sont des Equatoriens qui travaillent où j’achète mes asperges. Je fais partie de ceux qui ont négocié le fameux article 3 qui prévoyait la régularisation des sans-papiers dans les métiers en tension. Il est devenu l’article 4bis, qui prévoit des titres de séjour accordés au cas par cas par les préfets. Le SMIC ne doit pas être au même niveau que les aides sociales. Faut-il augmenter le SMIC ou diminuer les aides, telle est la question. L’après Covid a fait que certains de nos concitoyens se sont accoutumés aux chèques de l’Etat. J’ai, certes, voté en faveur du « quoi qu’il en coûte », mais il faut replacer la valeur travail au cœur du débat.

Votre positionnement idéologique semble quelquefois flou. La première mouture de la loi Immigration introduisait la préférence nationale. Ne déviez-vous pas de la ligne gaulliste pour flirter avec le RN, parti qui revendiquait alors une « victoire idéologique » ?

Je n’ai pas voté un texte par rapport au RN. L’entente s’est faite entre la majorité relative présidentielle à l’Assemblée nationale et la majorité sénatoriale, de droite et du centre. Nous n’avons pas eu besoin du RN, d’ailleurs il n’y avait qu’un représentant du RN au sein de la Commission mixte paritaire. Si c’était à refaire, je voterais exactement la même chose.

Vous avez voté en faveur du CETA, l’accord commercial controversé entre l’UE et le Canada. Les éleveurs bovins font partie des principaux opposants, craignant une concurrence déloyale. 97% des vaches du département sont de races à viande selon la Chambre d’agriculture du Gard. L’élevage bovin est-il sacrifié sur l’autel du libre échange ?

Les députés LR ont majoritairement voté pour au Parlement européen. Selon l’ambassadeur du Canada en France, on importe surtout du bison du Canada. Il faudra me dire où il existe des élevages de bisons dans le Gard ? J’ai reçu des représentants de la filière viticole, discuté avec le prédisent de l’UPE30, j’ai voté en faveur de nos entreprises gardoises. Beaucoup m’ont dit que j’avais fait un choix courageux et pas politicien. Je n’aurais pas voté de la même façon pour le Mercosur qui est défavorable à la France.

36 millions d’euros de rémunération en 2023 pour Carlos Tavares, directeur général de Stellantis (PSA – Fiat-Chrysler). Choqué ?

En tout cas, un parlementaire est loin de gagner ces montants (rires). Je n’ai pas de discours contre le capital, si des gens gagnent leur vie par le travail et la connaissance, tant mieux pour eux. C’est comme ceux qui disent que les élus coûtent cher, la démocratie a un coût. Les riches et les pauvres ont toujours existé, le populisme bénéficie aux extrêmes. Il faut voir comment partager plus équitablement la valeur. Je suis pour l’idée de revaloriser les bas salaires, au vu du coût de la vie et de l’inflation. Mais je suis contre d’aller ponctionner les riches pour redonner aux autres dans le cadre d’aides sociales.

Météo France, qui coupe drastiquement ses effectifs et ses budgets, peut-il encore assurer sa mission de veille météo, compte tenu de l’intensification des phénomènes météo (épisode méditerranéen et cévenol) ?

Lors des tragiques évènements de mars dernier dans le Gard, nous avions fait une réunion en préfecture, la pluviométrie n’était pas d’une forte intensité. Les prévisions météo, c’est comme les sondages politiques, on peut se tromper. Je déplore surtout une imprudence de certains de nos concitoyens devant le danger. Par contre, il y a trop de vigilances, entre la pluie, l’avalanche, le vent, il faut un bac plus 15 pour comprendre. Sans compter l’accoutumance, si rien n’est tombé alors que c’était alerte rouge… Il faut revenir à la sensibilisation de nos populations, travailler avec les scolaires qui sont les meilleurs relais auprès de leur famille.

Êtes-vous en accord avec Eric Ciotti, patron de votre famille politique, qui prône la « priorité nationale » chère au Rassemblement national et ne craint pas de débattre du « grand remplacement » ?

Ce sont des termes que vous ne trouverez jamais dans ma bouche. Eric Ciotti na jamais été ma tasse de thé, je trouve qu’il a un positionnement un peu trop droitier extrême. J’avais soutenu Bruno Retailleau à l’époque. La droite républicaine doit avoir deux jambes, une sur le régalien, la sécurité, et le travail, l’autre sur le social. Je suis toujours resté chiraquien , ‘la France pour tous’ me convient parfaitement.

Lorgnez-vous sur une carte chez Horizons, parti de la majorité présidentielle ?

Il y aura une reconfiguration politique après Macron, c’est certain. On reviendra à une droite et à une gauche classiques. Le candidat de droite en 2027 ne devra pas nécessairement être issu de LR. Moi, je suis pour gagner. Passons d’abord les étapes, si la liste LR fait moins de 5% aux Européennes, nous n’existons plus.

Vincent Bouget, vice-président au Conseil départemental du Gard, souligne votre ambiguïté politique, que lui répondez-vous ?

S’il tend la main à LFI, il sort de l’arc républicain. Il m’avait reproché de ne pas l’avoir soutenu au second tour des cantonales, mais il avait le soutien de LFI ! C’est plutôt monsieur Bouget qui est très ambigu. Il tend la main à des gens qui sont populistes, communautaires et dangereux pour la démocratie.

Un fauteuil de maire de Nîmes vous intéresserait ?

Je suis très bien là où je suis, à la rencontre des maires gardois. Par contre, je m’intéresserai à la vie politique nîmoise de près et je dirai au moment venu qui je soutiendrai…Une chose est sûre, je combattrai de partout le RN et LFI et ceux qui s’y associeront.

Linda Mansouri/InfOccitanie.