Beaucoup de pédagogie et de déconstruction d'idées reçues autour des moustiques. La réunion publique du mardi 30 juin au centre culturel de La Grande Motte (Hérault) a eu le mérite de clarifier les enjeux autour du moustique, les raisons de sa prolifération sur nos côtes ces derniers jours (entraînant la publication d'une pétition de colère dans la commune), et les dispositifs que la Ville mobilise pour diminuer sa présence.
La couverture médiatique, "pas de la bonne pub"
En préambule, l'édile et président LR du département, Stéphan Rossignol, n'a pas épargné certains médias. "Ils (journalistes, ndlr) sont allés interroger quelques personnes, des restaurateurs notamment, qui ont dit 'tous nos clients s'en vont'. (...) Ce n'est pas totalement faux, pas tout à fait vrai non plus", clarifie l'intéressé qui insiste sur le fait que les moustiques touchent d'autres communes, "pas uniquement La Grande Motte". Le maire dit prendre conscience de la problématique, "c'est particulièrement agaçant quand, en fin de journée, on ne peut pas prendre un apéritif tranquillement sans être attaqués".
"L'éradication n'est pas souhaitable et difficile"
Soyons clairs, "l'éradication n'est pas souhaitable, en plus d'être difficile", voire impossible, clarifie au micro Cathia Mari, responsable nationale lutte anti moustiques chez Rentofil, société missionnée par la Ville pour une expérimentation sur les six prochains mois (pour un budget entre 25 et 30 000 euros), parallèlement aux opérations déjà engagées par l'Eid. "Je vous confirme, toute l'Occitanie est concernée. Le moustique tigre a colonisé la France en 2004. (...) Une femelle engendre 600 femelles au bout de trois mois, un développement exponentiel", alarme la professionnelle. La chaleur et l'humidité (favorisée par les généreuses pluies d'automne dans la région) ont renforcé la prolifération du moustique tigre notamment, qui fait montre d'une grande adaptabilité et d'une certaine intelligence.
Une femelle engendre 600 femelles au bout de trois mois
A La Grande Motte, le terrain est fertile. En plus du moustique tigre et du moustique commun, une troisième espèce de moustique est friande de la commune : le moustique des marais. "Le moustique nous repère à 30m à la ronde avec le CO₂ que nous dégageons, à 10m avec nos odeurs et à moins d'un mètre avec la chaleur et l'humidité dégagées par notre peau", expose Cathia Mari. A noter, les groupes sanguins A et 0 sont leurs favoris, tout comme la peau fine des enfants et les tissus vifs qui leur rappellent les fleurs. Eh oui, "ce sont aussi des pollinisateurs", confie la professionnelle. Détrompez-vous, le moustique ne se nourrit pas de notre sang, il l'utilise à une autre fin : celui de la reproduction. "Lorsqu'elle pique, la femelle récupère la protéine sanguine qu'elle mélange au sperme qui lui a été inséminé plus tôt par le mâle, pour ensuite créer des oeufs", indique l'intéressée.
Eau stagnante : attention !
Notez également qu'une ponte est environ de 200 oeufs, ces derniers ont une capacité de résistance de deux ans à la chaleur et plus la température est élevée, plus les larves se développent vite. Très peu d’eau suffit pour leur développement : une coupelle dans le jardin, une gamelle... Les gîtes larvaires se développent à 80% dans le domaine privé, d'ou la nécessité d'éliminer les réceptacles à eau stagnante.
Quels dispositifs ?
Pour pallier le problème, un traitement larvicide par méthode biologique (BTI) sera expérimenté durant six mois dans la commune. "La bactérie naturelle cible uniquement les larves de moustiques, sans effet sur les humains, les animaux ou l'environnement", argumente Cathia Mari. Un traitement sera notamment appliqué au cimetière et d'autres zones urbaines définies par l'entomologiste de la société. 70 pièges pondoirs (BG-GAT) ont également été installés, que les citoyens ne doivent pas toucher. "A l'intérieur, l'environnement sera propice à attirer la femelle qui voudra pondre et sera capturée à sa sortie", une solution sans insecticide, ciblant les moustiques tigre. Les pièges seront entretenus et contrôlés tous les 15 jours par les équipes.
Le Vectrack, une borne simulant la respiration humaine et diffusant du CO2, incluant un dispositif de surveillance à IA, "innovation internationale", sera également déployée. Elle vise à attirer, sans insecticide, les moustiques, identifier les espèces et permettre une fine analyse des données en temps réel. Des traitements spatiaux à base de répulsif seront également mis en place pour éloigner les moustiques dans des zones vulnérables telles que les écoles par exemple. Enfin, un QR code sera mis en place sur le site de la Ville. "Quand les habitants le flasheront, ils pourront signaler la présence de moustiques", et ainsi contribuer à nourrir une cartographie à l'échelle de la commune. La sensibilisation sera poursuivie sur des zones privées à la demande et des réunions ciblées sur certaines zones pourront avoir lieu en fonction des données recueillies. Un bilan sera fait à l'issue des six mois d'expérimentation.


