23 janvier 2026, 18 h. La nuit est déjà tombée et la température extérieure ne dépasse pas les 10 degrés dans les rues de Montpellier. Derrière l’Opéra de la place de la Comédie, plusieurs personnes attendent leur arrivée. Gilets roses sur le dos, chariots de course et sacs remplis, Pascale et Barnabé, bénévoles de l’association Gamelles Pleines, débutent leur maraude du jour. Association nationale, Gamelles Pleines vient en aide aux animaux des personnes sans-abri et les plus isolées, par le biais de maraudes, de prises en charge vétérinaires ou encore d’accueil d’animaux. Trois fois par semaine, les lundis, mercredis et vendredis, les bénévoles sillonnent les rues de Montpellier afin de distribuer croquettes, friandises, jouets, colliers, laisses ou encore muselières aux propriétaires d’animaux dans le besoin. Les produits distribués proviennent de collectes, de dons, de l’ingéniosité et du savoir-faire de certains bénévoles, ou sont issus de partenariats nationaux.
Un service « inestimable »
« Pouvoir profiter de ce service, c’est vraiment inestimable », assure Laurence, bénéficiaire de l’association depuis un an. Originaire de Lyon, elle est actuellement hébergée dans un centre d’urgence afin de pouvoir trouver un logement sur Montpellier. Pour la propriétaire d’un chien âgé de 11 ans, ce service devrait se démocratiser. « Pour les personnes dans la rue, avoir un animal représente beaucoup pour eux. C’est une sécurité, un compagnon à qui on parle et qui nous accepte dans les galères et tel qu’on est », complète-t-elle. De son côté, Roxanne a recours aux services de l’association depuis trois à quatre ans. « J’en ai encore plus besoin aujourd’hui car mon logement a brûlé en novembre dernier. Je n’ai plus rien », confie-t-elle après avoir récupéré des croquettes. Hébergée temporairement chez sa fille, Roxanne est propriétaire d’un chien croisé labrador-border collie ainsi que de plusieurs chats. « Aujourd’hui je suis au RSA, et avec le RSA on survit, on ne vit pas. Quand j’ai eu mon chien il y a 14 ans, tout allait bien, mais d’un coup on peut tomber bas. Tout peut arriver. »
« On existe »
Alors pouvoir bénéficier de Gamelles Pleines est salvateur pour cette dernière. « C’est une bonne initiative. Je peux bénéficier de produits de qualité que je ne pourrais pas m’offrir. Vers le 15, on est déjà en fin de mois et on se restreint. » Comme pour Laurence, venir ici une fois par semaine permet à Roxanne de rencontrer d’autres personnes et ainsi de créer du lien social. « Je parlais juste avant à un monsieur qui vit dans la rue. Même si on n’a pas la même situation, on discute, on se comprend et on existe l’un pour l’autre. Ça fait du bien« , livre-t-elle avec le sourire. Ce sentiment d’exister est quelque chose qui revient régulièrement chez les personnes sans-abri. « Un jour, une personne dans la rue m’a dit que cela lui faisait du bien de discuter avec nous, car le reste de la journée ils ont l’impression d’être invisibles aux yeux de tous. Il m’a dit que c’était ça le pire : le non-regard des autres. Cela m’a marquée », se souvient Pascale, bénévole à Gamelles Pleines depuis trois ans, sur le chemin de la maraude.
Manteaux, friandises, laisses, croquettes…
18h40. Après l’Opéra, direction le Polygone pour Pascale et Barnabé. Sur le chemin, ils croisent un bénéficiaire et son chiot, à qui ils prennent les mesures afin de lui confectionner un manteau pour lutter contre les basses températures. « Nous avons une bénévole qui fabrique des manteaux sur mesure pour les animaux », explique Pascale. Ils repasseront lui donner lors d’une prochaine maraude. Plus loin, ils passent quelques minutes à discuter avec un groupe de sans-abri et leurs animaux, qu’ils connaissent bien, avant de repartir direction la rue de la Loge. 19h25. Passée la préfecture, Pascale et Barnabé s’arrêtent auprès de deux hommes installés devant un tabac, dont l’un accompagné d’un chiot de huit mois. « Je l’ai connu, il était tout petit », confie Pascale après avoir donné quelques friandises à l’animal et pris ses mesures. En repartant, les bénévoles laissent un sac de croquettes pour petit chien ainsi qu’une laisse, fabriquée à la main, à son propriétaire.
« On connaît la plupart des bénéficiaires »
Sur le chemin du retour, les deux compères du soir marquent un arrêt auprès d’une femme et de son chien, qu’ils ont l’habitude de croiser. Cette dernière est blessée à la jambe. Ils prennent le temps d’échanger avec elle et de prendre de ses nouvelles, toujours avec le sourire et la bonne humeur qui règnent tout au long de la maraude. Avant de repartir, ils lui laissent une muselière pour son chien.
« Aujourd’hui, elle se sentait bien, elle voulait parler. On connaît la plupart des bénéficiaires, donc on sait quand ils sont de bonne humeur ou non, et s’ils veulent discuter ou pas », explique Pascale en redescendant la rue Saint-Guilhem. Vers la station de tramway Observatoire, ils croisent une autre habituée, la dernière de la soirée, qui, après quelques échanges, les remercie chaleureusement. 20h20. Fin de la maraude. Les deux bénévoles rentrent au local afin de ranger les quelques produits non distribués, avant la prochaine maraude la semaine suivante.