InfOccitanie : Lors de notre dernier échange, vous sembliez être en bonne voie pour décrocher l’investiture RN. Aujourd’hui, vous partez au front sans étiquette. Que s’est-il passé ?
Thierry Tsagalos : Je n’ai pas eu de réponse négative de la commission nationale d’investiture, ni positive. J’ai envoyé un courrier recommandé il y a deux jours au RN, en signant la charte d’engagement de treize points afin d’obtenir leur soutien, qui irait de pair avec celui de l’UDR (alliance Eric Ciotti-RN, ndlr). Après consultations avec mon équipe, j’en arrive à la conclusion qu’il est même mieux d’avoir un soutien plutôt qu’une investiture, de construire une liste plus large, permettant d’agréger ceux qui veulent redonner sa grandeur à Montpellier. J’avais deux choix, soit attendre un soutien début février, soit me lancer aujourd’hui et gagner un mois de campagne.
InfOccitanie : Le public pourrait comprendre que votre profil n’a pas fait l’unanimité…
Thierry Tsagalos : Ce n’est pas le cas. Il y a une désorganisation avec un retard sur la commission nationale d’investiture, lié à la vie politique nationale, aux risques de dissolution à répétition, aux législatives… D’ailleurs, certains candidats RN n’ont toujours pas été déclarés en Occitanie, je pense à Nîmes par exemple. Quant à Julien Gabarron, il s’est déclaré il y a à peine quelques jours à Béziers. Le RN a plutôt donné la priorité à des villes moyennes, non des métropoles.
InfOccitanie : En voulez-vous à l’Etat-major RN, du fait de ce retard qui décale le coup d’envoi de votre campagne ?
Thierry Tsagalos : Non, pas du tout. Nous étions déjà en campagne d’une certaine manière, sans être officiellement candidat. Avec mon équipe, nous avons multiplié les rencontres avec les commerçants, j’ai répondu aux questions des journalistes… L’idée en effet est de ne plus perdre de temps. Je suis donc officiellement candidat en mars 2026 à Montpellier.
InfOccitanie : Les récents sondages IFOP et Harris sont formels. Michaël Delafosse est en première position, le match se jouera à gauche. Êtes-vous confiant malgré tout ?
Thierry Tsagalos : Dans le sondage Harris, je suis en troisième position avec 11%. Je fais pratiquement le double de points que Mohed Altrad ou Isabelle Perrein, sans être déclaré, ni avoir débuté une campagne publique… Je compte sur cette annonce dans vos colonnes pour monter en puissance. Notre objectif est de passer devant Nathalie Oziol (candidate LFI et députée, ndlr) et d’apparaître comme challenger numéro un pour mettre en danger Michaël Delafosse. Dans une ville autant marquée à gauche, avec PS, LFI, PCF, EELV… nous ne pouvions pas attendre un jour de plus.
InfOccitanie : Vous souhaitez donc un soutien plutôt qu’une investiture RN…
Thierry Tsagalos : Disons que le soutien vise en quelque sortes à nous protéger. Le parti RN est un parti mature, le fait de donner des investitures un peu plus tard peut permettre de protéger les candidats, éviter de prendre des coups inutilement, sachant que le RN est un parti bien attaqué… Mais j’ai toute confiance au parti RN pour me donner ce soutien. Pour l’heure, je n’ai vu aucun candidat affiché RN à Montpellier. J’ai le soutien du député UDR Charles Alloncle dont je suis le suppléant.
InfOccitanie : La date limite pour le dépôt de la liste approche… Où en est la vôtre ?
Thierry Tsagalos : Nous souhaitons réunir plus de 80 personnes, en cas de désistements pour des raisons professionnelles par exemple. Pour l’heure, nous avons 55 personnes qui ont rejoint l’aventure, désireuses d’une réelle alternance à Montpellier.
InfOccitanie : LFI bénéficie d’une assise électorale solide à Montpellier. Vous disiez vouloir passer devant la candidate Nathalie Oziol, par quels moyens ?
Thierry Tsagalos : On sent un écœurement de LFI. Par ailleurs, Nathalie Oziol a été très maladroite, a fait une faute majeure, une insulte vis-à-vis de la famille de Samuel Paty. Dans une vidéo, elle exprime son désaccord avec le fait de qualifier son assassin de « fanatique musulman », cela lui a porté préjudice. Et puis, n’oublions pas que René Revol, vice-président de M.Delafosse est son suppléant, il défend l’incinérateur à plastique. Nathalie Oziol n’a toujours pas clarifié sa position quant à ce projet destructeur. Quant à Jean-Louis Roumegas (candidat EELV et député, ndlr), il n’arrive pas à émerger dans les sondages…
InfOccitanie : Vous partagez avec lui un élément commun, votre rejet frontal du projet de CSR Amétyst…
Thierry Tsagalos : En effet, mais nous allons beaucoup plus loin. Si nous sommes élus, nous porterons la construction d’une nouvelle usine de traitement des déchets sur le site d’Amétyst, fondée sur des technologies de pointe permettant un bilan carbone neutre et zéro émission de nanoparticules ou de particules fines polluantes. Nous croyons fermement au progrès technologique lorsqu’il est mis au service de la santé publique et de l’intérêt général. Ce projet permettrait, via un accord avec par exemple Lunel Agglo, de mutualiser le recyclage pour nos deux collectivités. Il offrirait ainsi la possibilité de fermer l’incinérateur de Lunel-Viel, ou de reconvertir ce site vers des usages non polluants. Les particules fines augmentent fortement les risques de leucémies, de cancers et de maladies pulmonaires : il n’est plus acceptable de fermer les yeux. Notre projet permettra également de créer de la valeur locale. L’actionnariat de l’usine sera ouvert aux collectivités, aux habitants et aux entreprises, afin que les bénéfices reviennent au territoire et non à des intérêts privés extérieurs. Nous souhaitons aller plus loin encore : les personnes à faibles revenus pourront, en fin de mandat, devenir actionnaires sans dépenser un euro, en contrepartie du respect du tri et des bonnes pratiques environnementales. Nous sommes clairement les mieux-disants sur ce sujet. Une conférence de presse sera organisée prochainement pour présenter en détail les modalités techniques, financières et juridiques du projet. Durant la phase de construction du centre de tri, un dispositif provisoire de stockage maîtrisé sera mis en place, afin que les déchets soient ensuite traités dans des conditions optimales dès la mise en service de l’usine.
InfOccitanie : Un peu de politique fiction. Vous voilà au second tour, à qui tendez-vous la main ?
Thierry Tsagalos : Nous ne partons pas pour être dans l’opposition, mais pour gagner la ville. Nous tendrons la main, sans sectarisme, aux personnes sans étiquette qui entendent travailler avec nous pour le bien commun.
InfOccitanie : A Isabelle Perrein ?
Thierry Tsagalos : à Isabelle Perrein, Mohed Altrad, Philippe Saurel, oui… Ils pourront enrichir notre programme, mais nous ne dérogerons pas sur nos idées phares !
InfOccitanie : Quelles sont ces mesures ?
Thierry Tsagalos : La première mesure est claire, tripler les effectifs de la police municipale, en passant de 192 à 650 policiers, afin de rétablir la sécurité, la présence sur le terrain et la tranquillité publique dans tous les quartiers. Concernant les transports, la gratuité totale est un échec, comme l’ont démontré les rapports de la Cour des comptes. Elle est coûteuse, inefficace et injuste. Nous y mettrons fin, sans revenir à l’ancien système, où seuls les travailleurs et la classe moyenne supportaient l’effort financier. Nous mettrons en place un modèle plus équitable et soutenable. Sur la circulation, je souhaite rouvrir le tunnel de la Comédie, qui n’a jamais été conçu pour accueillir des vélos et qui pénalise aujourd’hui fortement la fluidité du centre-ville. Nous rétablirons également l’accès au parking Gambetta dans les deux sens par la rue Saint-Louis, afin de désengorger le secteur. Pour les mobilités douces, une piste cyclable dédiée sera aménagée sur l’esplanade Charles-de-Gaulle, permettant une cohabitation sécurisée. Les vélos devront circuler sur cette piste afin de protéger les piétons, en particulier les personnes âgées et les familles. Si Georges Frêche voyait l’état de la ville laissée par ses successeurs, il se retournerait dans sa tombe. Montpellier mérite mieux que l’idéologie et l’improvisation. Enfin, je souhaite rouvrir l’avenue Albert-Dubout pour soulager les habitants des quatre boulevards, aujourd’hui saturés, et améliorer concrètement la qualité de vie des riverains
InfOccitanie : Marine Le Pen a été reconnue coupable de détournement de fonds publics du Parlement européen au profit du RN et condamnée à quatre ans de prison, dont deux fermes, assortis de cinq ans d’inéligibilité. Le parti, en tant que personne morale, ainsi que onze autres prévenus, seront rejugés par la cour d’appel de Paris du 13 janvier au 12 février 2026. Une menace pour vos ambitions locales ?
Thierry Tsagalos : Marine le Pen est présumée innocente, et nous avons confiance elle sera innocentée. Cela n’aura aucun impact localement. Nous sommes dans une justice politique, un phénomène de chasse aux sorcières, le règlement de compte politique prend le pas sur la réalité des choses. Je soutiens plus que jamais Marine Le Pen dans ce moment difficile et d’ailleurs, nous espérons qu’elle pourra se présenter en 2027.