« Côté rue, on ne dort plus. On a systématiquement des boules Quies, les fenêtres sont toujours fermées. Les quartiers environnants ont été apaisés aux dépens de notre santé, c’est injuste », le plaidoyer d’Alain Makinson ne change pas au gré des parutions de presse. Entre les opérations coup de poing avec banderoles, les « die in » allongés à même le sol ou les manifestations devant l’hôtel de ville, le collectif de 2000 voix a multiplié les appels à l’aide. « Dans ce quartier mixte, beaucoup de locataires sont partis. Des propriétaires ont vendu à perte. Il y en a d’autres comme moi qui poursuivent le combat », nous confie-t-il devant le ballet de voitures et l’orchestre de klaxons sur le boulevard Rabelais où il réside.
« Ce n’était pas dans le programme de Michaël Delafosse en 2020 »
Surtout, beaucoup se sentent lésés, voire méprisés. « Au moment de l’achat, nous n’étions pas informés de ces changements de circulation, ni via le Plan local urbanisme, ni via le Plan de mobilités. Ce n’était pas non plus dans le programme du maire Michaël Delafosse en 2020… », souffle Alain Makinson, médecin infectiologue au CHU de Montpellier et président de l‘association apolitique des riverains des 4 boulevards. C’est à l’été 2022 que cela lui « tombe dessus ».
« Un beau matin, je me réveille et je découvre un trafic monstre »
« Un beau matin, je me réveille et je découvre un trafic monstre sous mes fenêtres. Tous les véhicules avaient suivi les instructions du GPS qui préconisait de se déporter sur les boulevards en bas de chez nous », rembobine le président qui dit subir les conséquences négatives de la refonte du « plan de circulation » de la Ville de Montpellier initiée en juin 2022. Ce dernier a eu pour effet de reporter la majeure partie du trafic Est-Ouest du sud de la ville sur les quatre boulevards que sont d’Orient, Rabelais, Vieussens et Berthelot. En cause ? La fermeture de l’avenue Albert Dubout.
« Pourquoi ne pas avoir simplement réalisé des travaux de sécurisation ? »
La Ville invoque l’aspect accidentogène de cette avenue, un enfant y a perdu la vie devant le collège Gérard-Phillipe. « Pourquoi ne pas avoir simplement réalisé des travaux de sécurisation ? Il était question, fût un temps, d’une passerelle qui n’a jamais vu le jour. Surtout, l’avenue Albert Dubout, axe majeur de passage, a été fermé sans étude d’impact sur les quartiers alentours », s’étrangle Alain Makinson.
Depuis cette modification du plan de circulation et notamment la mise à double sens des boulevards d’Orient et Rabelais, le collectif dit avoir recensé une centaine d’accidents photographiés le long des boulevards. « Il y en a probablement plus. Ce sont des chocs voiture-voiture, voiture-piéton, voiture-vélo », énumère notre interlocuteur. Le trafic est passé « de 4000 à environ 17 000 voitures par jour », chiffre Alain Makinson qui, avec son association, détricote de nombreux rapports.
A la demande de l’Association des riverains des 4 Boulevards, le tribunal administratif de Montpellier a désigné en 2023 un collège d’experts pour évaluer la dégradation des conditions de vie depuis la modification du plan de circulation du centre-ville de Montpellier, au regard notamment des nuisances sonores et de la détérioration de la qualité de l’air.
Augmentation « significative » des niveaux sonores et des taux de NO2
Dans leurs rapports pour le volet acoustique est pour le volet pollution, les experts ont mis en évidence une augmentation « significative » entre 2019 et 2024 des niveaux sonores et des taux de NO2 (dioxyde d’azote) au-delà de seuils de référence qui traduisent un risque pour la santé, augmentation corrélée à celle du trafic observé.
« Nous sommes particulièrement exposés à la pollution des véhicules, avec des niveaux de NO2 atteignant environ 40 µg/m3, juste derrière l’avenue de la Liberté, selon les données modélisées du NO2 disponibles sur le site ATMO Occitanie, l’observatoire régional de surveillance de la qualité de l’air. Sachant qu’à partir de 10µg/m3, cela devient dangereux pour la santé », alerte Alain Makinson.
« Tant que les 4 boulevards seront repérés comme une voie de transit, nous serons saturés »
Ce dernier livre une analyse : « En créant une situation où il n’existe plus qu’un seul itinéraire direct de traversée Est-Ouest des quartiers de Montpellier au sud du centre-ville, une baisse massive de l’usage de la voiture ne suffira pas à diminuer la circulation automobile sur cet itinéraire, même si, par ailleurs, il existe une réduction de la circulation automobile dans les quartiers alentour. En effet, tant que les 4 boulevards seront repérés comme une voie de transit, nous serons saturés, quelle que soit la diminution de la circulation globale en ville ».
Un calendrier de négociations proposé par la Ville
Récemment, la situation s’est débloquée, l’horizon semble s’éclaircir. « La mairie a opéré depuis avril 2025 un virage à 180 degrés », nous confie le président. Une réunion dans le quartier centre a eu lieu en avril dans le cadre de la tournée ‘Montpellier change avec vous’, durant laquelle le collectif a pu échanger avec le maire. « Le cabinet nous a contactés par la suite pour nous proposer un calendrier de négociations avec plusieurs scénarios et solutions potentielles. Pour le moment, ce calendrier est tenu, nous travaillons avec les techniciens de la Ville. La prochaine réunion est prévue début février », détaille Alain Makinson qui dit en attendre beaucoup.
« Nous sommes conscients que les élections approchent »
Ce dernier reste pour autant sur ses gardes : « La mairie est claire, l’avenue Albert Dubout ne sera pas réouverte. Nous sommes conscients que les élections approchent. Certains dans le collectif craignent les fausses promesses… Nous souhaitons simplement retrouver un cadre de vie apaisé et un débat constructif ». Alain Makinson reste aux aguets et dit poursuivre les rencontres avec toutes les oppositions ainsi que la mobilisation juridique, l’association disposant d’un avocat. Interview vidéo ci-dessous :