Un exercice démocratique organisé d’une main de maître, jusqu’au « bip » strident indiquant la fin du temps réglementaire. Les règles sont simples. Huit candidats (ou presque, certains ayant délégué la tâche), quatre questions, quatre thématiques, un seul prisme, celui de l’adaptation au dérèglement climatique. Pour chaque question, l’ordre de passage des candidats est tiré au sort. Le théâtre de l’exercice : la Maison des étudiants Aimé Shoenig, Espace Richter à Montpellier.
Huit candidats, quatre thématiques
Quatre thématiques animent les plaidoyers : mobilités, logement, ressources et participation des habitants au processus décisionnel. Sur la scène, chacun se lève à tour de rôle pour dérouler son argumentaire au pupitre. Aucun débat entre les candidats, aucune question du public. Comptez donc : Nathalie Oziol (LFI), Stéphanie Janin (représentant Mohed Altrad, sans étiquette), Thierry Tsagalos (sans étiquette), Jean-Louis Roumegas (soutenu par EELV), le maire sortant Michaël Delafosse (PS), Isabelle Perrein (sans étiquette soutenue par l’UDI et le Modem), Alex Frederiksen (représentant France Jamet – RN) et Max Muller (Révolution permanente).
« Dans 25 ans, le climat de la Métropole pourrait être celui de l’Andalousie »
« Dans 25 ans, le climat de la Métropole pourrait être celui de l’Andalousie », le décor est ainsi planté par l’antenne régionale des Shifters, association visant à influencer le débat sur la transition énergétique, ayant sondé les candidats sur le dérèglement climatique et notre capacité d’adaptation. S’appuyant sur le PCAET de la Métropole à horizon 2050 (document qui fixe des objectifs pour lutter contre le changement climatique et améliorer la qualité de l’air et la consommation d’énergie), les Shifters livrent en préambule quelques éléments de contexte : un quart de nos côtes sont en situation d’érosion, les épisodes de canicule devraient s’intensifier, le transport routier et individuel est le premier émetteur de gaz à effet de serre,« une trajectoire incompatible de fait avec le PCAET« , souligne un porte-voix de l’association.
Par souci de lisibilité (les échanges ont duré environ trois heures), la suite de cet article portera sur le seul volet des mobilités, pierre angulaire de l’oral. La totalité des échanges est à découvrir auprès des Shifters Languedoc-Roussillon. La question fatidique : « comment comptez-vous donner la possibilité à tout habitant de se déplacer, tout en réduisant la place de la voiture individuelle ? ». Faites vos jeux.
Cadence et maillage des transports soulevés par plusieurs candidats
Alex Frederiksen, représentant la candidate du RN France Jamet, s’y colle en premier. Ce dernier accable l’exécutif : « La politique de réduction des voies pour inciter au report modal », a entraîné « un effet d’étranglement dans la ville », « des bouchons qui se multiplient », « les temps de trajet qui se rallongent ». Ajoutez à cela, la suppression de parkings ou du tunnel de la Comédie vivement contestés par le porte-voix de la candidate frontiste. Concernant la clientèle, « on voit beaucoup de monde en centre-ville de Montpellier, beaucoup moins dans les boutiques… » Une clientèle préférant, selon le représentant du RN, voguer dans les écussons de Béziers, Sète ou Nîmes. Il convoque alors des chiffres peu réjouissants : « A Montpellier, le taux de chômage approche les 20%, le taux de pauvreté les 30% ». “Le projet du Rassemblement National est de rétablir la place de la voiture dans la ville, propose-t-il, et de faire cohabiter les différents modes de déplacement ».
« Embouteillages massifs »
Même champ lexical du côté de Stéphanie Janin (représentante de Mohed Altrad) : « Embouteillages massifs » et « centre-ville sous tension permanente ». L’élue municipale dit refuser « d’opposer piétons, automobilistes, usagers du transport en commun », car « nous sommes tout cela à la fois ». C’est ainsi qu’elle entend « proposer des alternatives crédibles ». Entendez par là : renforcer le cadencement, la sécurité dans les transports, installer un « véritable » maillage en bus dans tous les quartiers. « La mise en service de la ligne 5 s’est accompagnée de suppressions de bus internes aux quartiers, comme au Plan des 4 Seigneurs », dénonce-t-elle. Le TER doit « être la colonne vertébrale du grand territoire », et le commerce fera par ailleurs l’objet d’un « plan d’urgence » en « rouvrant un dialogue exigeant et permanent ». La gratuité des transports sera maintenue.
Les grands projets autoroutiers « ne profitent qu’aux industriels du BTP »
Max Muller (Révolution permanente) aborde le sujet sous un prisme plus large : « Une minorité détient les moyens de production polluants », ajoutant que “si tout le monde avait émis autant que les 10% les plus riches, il ferait 2,9 degrés de plus sur terre au lieu des 0,6 degrés d’augmentation”. Pour le cadet des candidats,c’est tout « notre système économique qui est à revoir », fustigeant par ailleurs l’homme d’affaires Mohed Altrad issu du grand patronat délétère selon lui. Le candidat réitère son opposition au projet du COM, Contournement ouest de Montpellier, qui ne profite « qu’aux industriels du BTP ».
« La gratuité des transports ne suffit pas »
« Un modèle en pétales pour desservir les quartiers », c’est ce que propose Jean-Louis Roumégas (Printemps montpélliérain, soutenu par EELV), lequel fustige comme son prédécesseur le COM qui va « induire un trafic nouveau sans rien résoudre aux problèmes de la Métropole ». Il ne manque pas d’étriller le plan de circulation promulgué par la municipalité, impactant les quatre boulevards et mainte fois mis en lumière par le collectif du même nom. « La gratuité des transports ne suffit pas, il faut revoir l’offre, la fréquence, le maillage avec des lignes supplémentaires », préconise-t-il. Le candidat propose également un “plan piéton et personnes à mobilité réduite sur 10 ans” et un “schéma cohérent et sécurisé pour le vélo”.
« On nous a tous divisés »
« On nous a tous divisés, on ne supporte plus les piétons, les cyclistes, les automobiles, on est prêt à se taper dessus », regrette Isabelle Perrein (sans étiquette, soutenue par le Modem et l’UDI). Laquelle propose un plan piéton à la hauteur, le « grand oublié du mandat » et d’améliorer l’offre de transports en commun au-delà de nos frontières intercommunales pour travailler avec Réseau ferré de France. « Je propose d’utiliser les emprises foncières pour créer des zones de circulation pour les bus, afin de se garer dans des parkings silos et se rendre ensuite dans la métropole », détaille celle qui avance que les voitures de nos jours « polluent de moins en moins », notamment au regard du basculement à l’électrique.
« La voiture n’est pas un caprice »
Place à Thierry Tsagalos (sans étiquette). Celui qui part sans le soutien du RN rappelle que la « voiture n’est pas un caprice pour beaucoup de familles », ou un « artisan qui doit traverser la métropole » pour se rendre à un chantier. Lequel dénonce le manque d’alternatives crédibles et fait le constat d’une part modale du vélo « assez faible après cinq ans de mandat ». A l’instar d’Isabelle Perrein, Thierry Tsagalos convoque la technologie : « Les véhicules hybrides électriques, les motorisations plus efficientes montrent que le progrès technologique est une solution”.
Le développement du train, la solution ?
Le COM ou le Lien ? Une aberration environnementale et financière pour l’insoumise Nathalie Oziol. « Plus de 300M d’euros seront mobilisés, que l’on pourrait dédier au financement de développement du train ». A court terme, il s’agit d’augmenter la fréquence, la cadence des bus tram qui ont « diminué ces dernières années » et étendre les plages horaires jusqu’à 2h du matin. A long terme, la députée LFI mise sur le développement du train.
Le maire sortant Michaël Delafosse (PS) propose quant à lui de développer le bus-tram. “A l’horizon 2032, il faut doter la métropole de cinq lignes de bus tram”, projette-t-il. La première ira donc vers Castries puis vers le nouveau lycée de Cournonterral. L’édile veut aussi faire de l’actuelle ligne 15 la future ligne de bus tram numéro 2. “Au terme de ce mandat, je veux que 92 % des habitants de la ville centre, Montpellier, bénéficient d’une offre de transport en commun”. Il propose également un “plan de marchabilité” afin de sécuriser, notamment, les accès aux écoles.