Amende aux femmes voilées proposée par le RN, "pourquoi c'est grave"

lundi 31 août • 19:15
Nicolas Cadène, élu à Nîmes et cofondateur de Vigie Laïcité, livre son plaidoyer.

Le Rassemblement national prévoit de « sanctionner le port du voile » islamique dans l'espace public par « une amende », s’il arrive à l'Élysée en 2027. C’est ce qu’a déclaré, dimanche 30 août 2026, le porte parole du parti frontiste Jean-Philippe Tanguy. « Nous allons évidemment combattre l’idéologie islamiste et nous sanctionnerons le port du voile, aussi en solidarité avec toutes les femmes à travers le monde qui sont forcées à le porter et qui meurent pour avoir cette liberté », a affirmé le député de la Somme sur BFMTV.

"Combattre l’idéologie islamiste"

L’interdiction du port du voile dans l’espace public était déjà inscrit au programme de Marine Le Pen lors de ses trois premières candidatures à l’Elysée. « Ça a été tranché »,en interne pour cette présidentielle, a confirmé Jean-Philippe Tanguy, ajoutant que cette proposition « est soutenue par 60 % à 70 % de Françaises et de Français qui sentent bien que derrière ce symbole, ce n’est pas seulement une liberté vestimentaire, c’est une idéologie qui est contraire à ce que la France a porté depuis des années ». Ainsi, en cas de victoire du RN l’an prochain, « s’il y a des femmes qui portent le voile alors qu’il est interdit, elles auront une amende », au même titre que « les gens qui ne mettent pas de ceinture de sécurité » en voiture. En revanche, les religieuses de confession chrétienne, également voilées, ne sont pas concernées par cette proposition d'interdiction portée par le RN.

Constitution et libertés fondamentales

Depuis la loi d'octobre 2010, il est strictement interdit de dissimuler son visage dans l'espace public, ce qui concerne le voile intégral type niqab ou burqa, mais pas le voile simple. Le port de signes ou de tenues religieuses discrètes ou visibles (comme le hijab, la kippa ou une croix chrétienne autour du cou) est autorisé dans la rue, les commerces et les transports. Cette mesure d'interdiction du voile islamique ou hijab proposée par le Rassemblement national dans l'espace public se heurte à des obstacles juridiques majeurs liés aux libertés fondamentales et à la Constitution.

Retrouvez ci-dessous le plaidoyer de Nicolas Cadène, vice-président de Nîmes Métropole et élu de Nîmes, auparavant rapporteur général à L'Observatoire de la laïcité, cofondateur de Vigie Laïcité :

"Interdire et sanctionner le port du voile ou foulard dans l'espace public ? Un très mauvais chemin proposé sans surprise par le RN, contre-productif et ouvrant la voie à une police de la pensée décidé par le seul pouvoir. Une mesure anticonstitutionnelle et anti-laïque : la liberté de conscience est garantie par la Constitution, la Déclaration de 1789, et par la laïcité elle-même. La rue, les places, les plages sont un espace de liberté tant qu'il n'y a pas de trouble à l'ordre public, pas de neutralité. On confond ici la neutralité de l'État avec une neutralisation des individus.

Pourquoi c'est grave : si une conviction visible peut demain être interdite parce qu'elle déplaît à une majorité du moment, sans distinction de ce qui relève du débat d'idées (on peut évidemment ne pas aimer le port du voile) et de la norme commune, plus rien n'empêche d'interdire demain un signe politique, syndical ou philosophique jugé gênant par le pouvoir ou une majorité de circonstance.

La laïcité a justement été conçue pour empêcher cela. Aucune autre démocratie au monde - aucune- n'a une telle interdiction.Le voile n'a, de fait et quoi qu'on en pense, pas un sens unique :

Des femmes engagées contre l'islamisme le portent : Malala Yousafzai qui se bat contre les talibans, Amina J. Mohammed qui lutte contre les obscurantismes via l'ONU, Latifa Ibn Ziaten qui sillonne les établissements scolaires contre le radicalisme suite à l'assassinat de son fils militaire par un terroriste. Les amalgamer aux islamistes, c'est insulter leur courage pour mieux stigmatiser tous les musulmans de France.Une mesure contre-productive :

L'expérience montre que ce type d'interdiction enferme dans des logiques communautaires et fournit un argument aux discours les plus radicaux des endoctrineurs, qui dénoncent alors une discrimination bien réelle. Bref, c'est une mesure de fausse fermeté complètement ilibérale.

Débattre, oui. Interdire, non : on peut débattre du sens du voile, avec les premières concernées d'ailleurs. Cela ne justifie pas d'imposer par la loi une interdiction générale à des citoyennes qui veulent le porter librement. Et si ce n'est pas librement, la loi permet déjà des sanctions (et ce par plusieurs dispositions, dont une datant de la loi de 1905 !).

Ce que demandent vraiment les femmes qui luttent contre le voile obligatoire : En Iran et ailleurs, elles ne réclament jamais l'inverse. Elles demandent la liberté de choisir. Une interdiction générale obéit à la même logique de contrôle du corps des femmes par l'État, seulement inversée"

Linda Mansouri/InfOccitanie.