Béziers : énième polémique autour d'une affiche placardée par la Ville

lundi 17 août • 09:04
L'inscription fait couler beaucoup d'encre.

Une de plus. Le maire de Béziers (Hérault), coutumier des esclandres médiatiques, entraîne une fois de plus la presse et l'opinion publique dans un débat houleux. En cause : une affiche placardée dans la ville et publiée sur les réseaux sociaux ayant provoqué une levée de boucliers. L'on aperçoit le maire avec son écharpe tricolore à l'épaule, de dos, face à la foule venue festoyer, accompagné d'une inscription en lettres capitales : "On aime la messe, les femmes, les toros, les flics et vous ?"

Interrogé par BFMTV depuis les arènes en pleine feria, le maire, élu en 2014 avec le soutien notamment du Front National "ne voit pas le problème" de cette affiche, arguant se rendre avec "plaisir", lorsqu'il est invité à la "synagogue ou à la mosquée". Concernant la gente féminine, le maire l'assure : "Dieu merci qu'on aime les femmes (...) Oui, ici elles sont belles et ravissantes". Quant aux "flics" : "on fait la fête grâce à eux", rappelle-t-il. Au sujet de la corrida : "Des gens ont le droit de l'aimer, je n'ai pas envie qu'ils en soient privés". Le maire est catégorique : "Mon pays crève d'un certain nombre de politiques qui ont honte de ce qu'ils pensent. Je n'ai pas la même autocensure" .

"Je ne vois pas le problème"

En commentaire de l'affiche en question publiée sur les réseaux sociaux, les internautes s'en donnent à coeur joie et opposent : "On aime la tolérance, l'ouverture, l'altérité, le partage... Et surtout, on ne tue pas ce que l'on dit aimer... PS : on aime l'orthographe aussi." . Un autre internaute abonde : "On aime la laïcité (1905). On aime l'égalité femme/homme. On aime le bien-être animal. On aime la justice sans distinction". Une personne va plus loin et compare la citation de l'affiche à la devise officielle de l'État français sous le Régime de Vichy. "Un slogan digne de Travail, Famille, Patrie", écrit-elle.

"Un slogan digne de Travail, Famille, Patrie"

La polémique a traversé la ville pour atterrir à Montpellier. Muriel Ressiguier, adjointe aux Solidarités, ne cache pas son indignation. "Tout est là. La religion érigée en marqueur identitaire. Les femmes placées entre la messe et les toros, comme des objets dont l’homme 'viril' pourrait disposer. La corrida transformée en certificat d’appartenance locale. La police convoquée comme symbole d’autorité et d’ordre. Et, pour finir : 'Et vous ?' Comme s’il fallait choisir son camp. Comme s’il existait les 'vrais' Biterrois — ceux qui aiment ce qu’on leur commande d’aimer — et les autres", écrit l'ancienne députée LFI, sur la liste du maire Michaël Delafosse aux municipales de 2026.

"Apologie du virilisme, de la femme-objet"

Laquelle poursuit : "Cette affiche prolonge tristement le discours entendu à l’ouverture de la feria : apologie du virilisme, de la femme-objet, d’une identité fantasmée et d’une tradition instrumentalisée. Un imaginaire où le chauvinisme se déguise en amour de la ville et où l’exclusion se pare des couleurs du folklore".

"La religion utilisée comme étendard identitaire"

La conseillère municipale dit aimer "la laïcité, celle qui garantit à chacune et chacun la liberté de croire ou de ne pas croire, et non la religion utilisée comme étendard identitaire. Nous aimons le service public et la République, sans transformer la police en fétiche politique. Nous aimons les animaux vivants, et nous refusons que leur souffrance soit sanctifiée au nom de la tradition. Nous aimons surtout une ville qui n’exige de personne un certificat de conformité pour avoir le droit d’en faire partie. Car une ville n’est pas une identité figée qu’il faudrait défendre contre les autres". La même de conclure avec fermeté : "Une ville, c’est un espace commun à construire avec les autres. Alors, puisque vous nous demandez : 'Et vous ?' Nous, on aime la liberté, l’égalité, la fraternité, la laïcité, la solidarité et l’émancipation".

Linda Mansouri/InfOccitanie.