Montpellier : l’opposition de gauche souhaite une commission d’enquête sur la crise du logement

jeudi 10 septembre • 17:00
Les élus d'opposition montpelliérains de LFI et des Verts populaires ont fait leur rentrée ce mercredi 9 septembre. Ils appellent la Ville de Montpellier à mieux se préparer aux enjeux climatiques et veulent soumettre commission d’enquête municipale.

Une rentrée sur fond de réchauffement climatique et de crise du logement, après « un été qui à Montpellier a battu tous les records » où « nous avons vu des températures qui ont dépassé les 40 degrés », dépeint en préambule Antoine Bertrand. Face à ce constat, « une grande ville méditerranéenne comme Montpellier doit se préparer et doit mieux se préparer » à cette « réalité climatique », estime l’élu insoumis.

Une commission d’enquête municipale sur la crise du logement à Montpellier

Le groupe LFI et des Verts Populaires souhaite demander, d'ici le prochain conseil municipal, la création d’une commission d’enquête municipale sur la crise du logement à Montpellier. Cette demande intervient face à de nombreux facteurs : les « prix du logement multipliés par 3 en 30 ans à Montpellier », « près de 26 000 demandes de logement social en cours », « entre 12 000 et 18 000 logements vacants dans la métropole », des « étudiants qui galèrent à se loger » ou des « classes moyennes qui n’arrivent plus à accéder à la propriété », liste l’élu Antoine Bertrand.

Les élus d’opposition souhaitent « véritablement ouvrir les dossiers, mettre les chiffres sur la table, entendre l’ensemble des acteurs et comprendre précisément où sont les blocages et pourquoi il est devenu aussi difficile de se loger à Montpellier », poursuit-il. Cette commission d’enquête, ou mission d’information et d’évaluation, est régie par le Code général des collectivités territoriales, qui stipule que si un cinquième du conseil municipal demande cette mission d’information, le conseil municipal la met aux voix. Concernant sa composition, cette commission respecte la représentation proportionnelle du conseil. « C’est donc un outil qui, par nature, doit permettre un travail transpartisan », insiste Antoine Bertrand, qui explique : « nous voulons, dans cette mission d’information, entendre tout le monde ». À l’échelle du conseil municipal, il faut donc 12 élus favorables afin d’obtenir cette mission d’information. Les élus LFI et des Verts Populaires sont au nombre de huit et vont donc « alors s’adresser aux groupes d’opposition et de la majorité afin de pouvoir mettre sur la table lors du prochain conseil municipal cette question et mettre le maire-président face à ses responsabilités sur cette crise du logement qui lui incombe aussi », lance Antoine Bertrand.

« Une artificialisation massive »

Pour Julia Mignacca, Montpellier et sa Métropole souffrent d’une « artificialisation massive » avec « plus de 2000 hectares qui ont été artificialisés dans la métropole de Montpellier, soit l’équivalent d’un peu plus d’un tiers de la ville de Montpellier », entre 2004 et 2021. Un constat dressé par la Chambre régionale des comptes. Pour l’ancienne écologiste, le constat est pourtant là : « On a gagné 65 % d’habitants en plus. On a doublé le nombre de logements. On a artificialisé massivement dans la métropole. Et pourtant, on a toujours 36 000 ménages qui attendent un logement social. »

Rhany Slimane pointe quant à lui une politique « de métropolisation » et « d’attractivité à tout prix ». Un « manque criant de vision » pour l’élu, qui dénonce des « projets qui ont été pensés par des maires précédents, et notamment un en particulier, et qui n’ont jamais eu de remise en question de ces modèles qui avaient peut-être une pertinence dans les années 70, mais qui maintenant en 2026 peuvent poser question ». L’élu métropolitain alerte également sur les logements dits « passoires thermiques » : dans la Métropole de Montpellier, « ce sont 15 % des ménages qui sont carrément en précarité énergétique », dresse Rhany Slimane.

Quid de la climatisation ?

La question de la climatisation fait également débat. Pour les élus d’opposition de Montpellier, la réponse est claire : « Notre projet politique est d’avoir des logements qui n’ont pas besoin d’utiliser de climatiseurs. Par contre, il y a des situations d’urgence où évidemment nous ne sommes pas contre la climatisation », tranche Rhany Slimane. De son côté, Julia Mignacca dénonce « une question qui a largement été instrumentalisée dans le débat public ». Pour la membre du conseil municipal, « dire que la climatisation est une solution, rien que sur le problème lui-même, ne peut pas l’être fondamentalement. Si on ne change rien au système actuel, cela ne suffira pas ».

"Cacher plutôt que loger"

La question du sans-abrisme fait également partie de la réflexion de l’opposition de gauche. « Pour rappel, c’est plus de 2000 personnes qui vivent à la rue à Montpellier, dont 150 enfants », déclare Nicolas Hillaire, avant de poursuivre : « nous étions présents le 30 juin dernier au rassemblement organisé par le DAL et le collectif contre le sans-abrisme sous le slogan « Être à la rue, tu es aussi en été ». Ça n’a jamais été aussi vrai. Ce ne sont pas moins de 34 morts qu’il y a eu à Montpellier en 2025 et déjà plus de 10 depuis ce début d’année. »

Le responsable politique de gauche rappelle également que, le 7 juillet dernier, « une mère et une fille qui ont été expulsées de leur hébergement sans alternatives dans un premier temps », tout en dénonçant que, parallèlement, « la mairie continue de mettre en place du mobilier urbain anti-SDF partout à Montpellier. Cacher plutôt que loger. » Le groupe d’opposition propose ainsi « d’acter la fin de l’utilisation de mobilier urbain anti-SDF dans les nouveaux projets tout en organisant le retrait progressif de l’existant » et « d’augmenter le nombre de places d’hébergement d’urgence et d’utiliser l’outil de la réquisition des logements vacants quand cela est nécessaire », liste Nicolas Hillaire. Les insoumis et Verts Populaires réclament enfin, sur cette question, la mise en place d’une « trêve estivale ».

Les étudiants en première ligne

Le dernier axe d’action du groupe d’opposition, et pas des moindres, concerne les étudiants et les jeunes face au logement. « Montpellier est une ville de 80 000 étudiants pour seulement 8 300 logements Crous, alors qu’il y a 37 000 étudiantes et étudiants boursiers et boursières », soulève Kamel Moufid, qui rappelle « que seulement 10 % des étudiantes et étudiants sont logés par le Crous et qu’un étudiant sur deux ne mange pas à sa faim, car le loyer, c’est 70 % du budget d’un étudiant ».
« Tout ça, c’est le résultat de choix politiques. C’est une politique libérale qui est menée par Emmanuel Macron, mais Michaël Delafosse fait cette extension ici à la ville de Montpellier », attaque Livia Jampy. L’élue remet sur la table un vote au conseil d’administration du Crous qui s’est déroulé l’an passé, lors duquel « siégeait M. Christian Assaf, qui est aujourd’hui élu à la majorité et qui a voté pour l’augmentation des loyers du Crous. Donc, il participe activement ensemble à cette précarisation des étudiantes et des étudiants et à l’augmentation des loyers », renchérit-elle.

Les élus insoumis ont ainsi mis en place « un formulaire de recensement des étudiants et étudiantes sans solution pérenne de logement », explique Livia Jampy. Depuis une semaine, les élus de gauche ont récolté une trentaine de témoignages faisant état de situations d’étudiants en difficulté. La majorité d’entre eux habitent loin de Montpellier, « représentant un frein pour la bonne poursuite de leurs études ». D’autres sont hébergés par des amis ou des proches, tandis que certains doivent dormir dans des hôtels, Airbnb ou auberges de jeunesse. Enfin, certains étudiants et étudiantes « n’ont pas du tout les moyens de se payer un hébergement même temporaire et dorment dans la rue ou dans leur voiture ». Les membres de l’opposition affirment « faire le nécessaire pour contacter les pouvoirs publics pour trouver des solutions d’urgence ».

Antoine Fagant/InfOccitanie.