InfOccitanie : Cette dixième édition est la dernière du ZEvent. Pourquoi avoir décidé d'arrêter l'événement ? Quand et comment cette décision a-t-elle été prise ?
ZeratoR : Cette décision a été prise quelques semaines après le ZEvent de l'an dernier. On trouvait que c'était une belle boucle sur dix ans parce que la plupart des événements dans notre milieu durent en général entre deux et trois ans et nous, on a réussi à le faire durer dix années quasiment consécutives. On est hyper fiers.
On savait déjà qu'on n'allait pas faire un ZEvent pendant 50 ans. Ce n'est pas une question de lassitude, mais plus une question de plafond de verre atteint du fait qu'on a envie de continuer à faire du caritatif autrement. Aujourd'hui, on ne se sent plus forcément légitimes d'être les porte-étendards d'une communauté globale alors que Twitch grandit. C'est plus intéressant aujourd'hui d'avoir une multiplicité d'événements caritatifs, comme on le voit notamment avec SpeeDons, Stream for Humanity ou Cap48Heures. On voulait donc essayer de finir le ZEvent en beauté pour que ça reste le bel événement qu'on a essayé de créer il y a des années avec des bouts de ficelle et qui, aujourd'hui, a bien grandi. On pense que ce pourquoi il a été créé a bien fonctionné, mais il faudrait qu'il évolue pour qu'il s'adapte à l'époque d'aujourd'hui et au Twitch d'aujourd'hui. Alors, on préfère qu'il reste figé dans le temps, avec de bons souvenirs, une bonne dernière cause et une grande dernière fête, plutôt que de le voir dépérir et devenir ce que l'on n'a pas envie qu'il devienne.
Tu l'as dit, c'est « une grande dernière fête ». Cette année, le ZEvent voit les choses en grand, avec davantage de streamers présents sur place et en ligne et des fonds récoltés au profit de toutes les associations soutenues depuis le début. D'un point de vue logistique, cela va-t-il être différent des années précédentes ?
Je ne dirais pas que cela va complexifier les choses, mais il faut tout voir en plus grand : plus de tables, plus de chaises, plus d'électricité dans la salle, plus de défis techniques. Plus de 80 streamers seront présents dans la salle, chacun avec des demandes particulières. Chaque streamer veut faire venir des invités, donc il faut prévoir suffisamment d'espace pour les recevoir. Sur le week-end, on a également une trentaine d'émissions réparties sur quatre plateaux, soit quatre salles différentes. Une dizaine de salles supplémentaires sont également prévues pour permettre aux streamers d'organiser leurs propres concepts, comme des pyjama-parties, des combats de catch, du paintball ou de la musique.
Chaque chaîne de streamer aura son propre événement. Comme il y a 80 chaînes, ce sont donc 80 personnes qui organisent des événements. C'est comme si on organisait notre Super Bowl et qu'il n'y avait pas une chaîne et un spectacle, mais 80 chaînes et 80 spectacles. Techniquement, c'est un gros défi, mais nous sommes rodés après dix éditions. Cela demande beaucoup de temps, de préparation, d'organisation et de faire confiance à des gens dont c'est le métier, évidemment.
Par rapport aux streamers en ligne, combien avez-vous actuellement d'inscrits ? Comme l'année dernière, avez-vous choisi de ne pas fixer de plafond d'inscription ?
Il n'y a aucun plafond. Les gens peuvent s'inscrire jusqu'à la veille de l'événement, donc le 2 ou 3 septembre. Actuellement, il y a 312 streamers inscrits. Je ne sépare pas trop les streamers en ligne et ceux présents physiquement, donc il faudrait faire le compte. Sur place, je crois qu'on est environ 80, même si le chiffre varie selon les jours. Ça fait quasiment 150 à 200 streamers en ligne à peu près, et ça va continuer d'augmenter. On a beaucoup de gens qui reviennent de vacances, qui s'inscrivent et qui ne l'avaient pas fait auparavant. On est à cinq à dix inscriptions par jour en fonction des périodes. Mais on a dépassé les 300 hier ou avant-hier, je crois. Là, on est quasiment à 315. Il y a tout sur le site ZEvent.fr et ça augmente tous les jours. Je pense qu'on sera un peu plus de 300 le jour J, dans une semaine.
À quoi peut-on s'attendre pour cette ultime édition ? Des surprises ? Des happenings ?
Des surprises, il y en a autant que de streamers présents. Il y a 312 streamers, donc ça fait au moins 312 surprises multipliées par le nombre de donation goals. C'est un ZEvent que certains préparent depuis plus de six mois, même parfois quelques années, parce qu'il y a des choses qu'ils voulaient mettre dans des événements précédents et ils s'étaient dit : « S'il y a une grosse occasion, peut-être j'irai », et là, ils le font. Dire qu'il y aura des surprises, c'est un euphémisme. Je ne peux évidemment pas tout révéler et surtout, il y a des choses que je ne sais pas moi-même puisque, certes, je fais partie des fondateurs du ZEvent, mais je ne suis pas dans l'organisation globale, puisque moi, j'ai aussi mon stream à gérer. Évidemment, on m'a tenu au courant de certains trucs qui allaient se passer. Il va se passer des choses assez incroyables. Il y a aussi des choses qu'on n'a pas pu faire parce que, des fois, il nous fallait des autorisations de mairie, de préfecture, voire de région. Tout n'a donc pas forcément été faisable.
En dix ans, sans compter cette dernière édition, le ZEvent a récolté plus de 55 millions d'euros au profit de 21 associations. Que ressens-tu lorsque tu entends ces chiffres ?
La première réaction qui me vient, c'est la fierté. On a énormément de chance que les gens nous aient fait confiance au fil des années. Ce qui est beau, c'est qu'au fur et à mesure des années, on a eu beau continuer, les gens étaient toujours au rendez-vous, et on a battu chaque année les records, sauf une année où on a fait un tout petit peu moins. Chaque année où on dépassait les plafonds, on se disait qu'on avait atteint le maximum, et en fait, l'édition d'après, soit on réitérait, soit on augmentait ce chiffre, donc c'est vraiment incroyable.
On a évidemment tout fait pour que les gens nous fassent confiance, on a été les plus transparents possible, parfois on a fait des erreurs, qu'on a corrigées du mieux qu'on pouvait, etc. On a montré qu'on était à l'écoute de la communauté, on a toujours essayé de grandir avec nos valeurs, et avec le sentiment qu'il fallait que le ZEvent reste un truc qui appartient à Internet. Je pense que c'est aussi ce qui fait le succès de l'événement aujourd'hui. Beaucoup de chance, évidemment, et beaucoup de fierté. Je ne sais pas ce que la communauté nous réserve pour la dernière édition, mais je pense que ça va être explosif.
Au cours de ces dix années, vous avez soutenu plus de 21 associations. Y a-t-il une ou plusieurs associations, ou même des thématiques, que tu aurais aimé soutenir mais qui, pour une raison ou une autre, n'ont pas pu l'être ?
C'est difficile de répondre à cette question, parce que par an, on reçoit de 300 à 400 mails d'associations depuis l'après-Covid, où le ZEvent est devenu très populaire. C'est un crève-cœur de dire à ces associations que c'est nous qui choisissons, car c'est plus simple, plutôt qu'elles candidatent car cela serait horrible de trier. Tous les combats sont légitimes.
Parfois, on reçoit des mails où l'on doit dire non à des gens et quand tu regardes le combat qu'ils mènent, t'as envie de dire : « Punaise, est-ce qu'on pourrait pas faire un petit effort ? », mais le problème, c'est qu'on ne peut pas le faire pour tout le monde. Le ZEvent ne peut pas porter toutes les causes du monde, hélas. C'est d'ailleurs ce qui fait qu'au début de l'événement, on s'était tout de suite dit qu'on allait changer d'association tous les ans, pour pouvoir essayer de couvrir des thèmes, des associations différentes, pouvoir parler à d'autres gens afin qu'un maximum de causes aient une tribune, parce qu'au-delà de l'argent, c'est aussi la visibilité que recherchent les associations. Donc oui, il y a mille causes que l'on aurait pu défendre, que je le pense à titre personnel ou à titre public, ce n'est pas le souci. Le souci est qu'on ne peut pas tout prendre, malheureusement.
Sur ces dix années de ZEvent, quels sont tes meilleurs souvenirs ?
Le premier souvenir dont je parle souvent, c'est le premier million d'euros atteint en 2018, parce que c'est le moment le plus émouvant et c'est surtout le moment où le ZEvent passe une étape. On passe d'un événement qui était dans un salon, organisé avec trois potes, à un événement grand public, organisé avec des professionnels du milieu, que ce soit les streamers, mais aussi la technique. En 2018, c'est aussi le premier ZEvent qui se fait dans une salle qu'on a louée exprès, et pas dans une maison dans laquelle on branche des câbles un peu à l'arrache comme cela avait été fait les années précédentes. C'est vraiment l'année qui a fait entrer le ZEvent dans une nouvelle ère.
Dans les bons souvenirs, il y a aussi l'arrivée d'Alain Chabat au ZEvent 2022 ou parfois des invités qui nous ont dit des choses très amusantes. J'aime aussi beaucoup les interviews d'associations. Je les interviewe toujours sur mon stream pendant le ZEvent parce que je souhaite leur donner une tribune pour s'exprimer afin de savoir pourquoi on se bat. C'est toujours un moment hyper enrichissant parce qu'on découvre des gens qui ont des parcours incroyables, qui se sont battus parfois toute leur vie pour quelque chose, et on se dit : « Mais ouais, c'est ces gens-là qui devraient être visibles sur les réseaux, sur les antennes, partout. » Ce sont des gens très inspirants et très inspirés. Ce sont mes grands souvenirs, même si honnêtement, je pourrais faire un top 100.
L’an dernier, le ZEvent a permis de récolter plus de 16 millions d’euros. Au total, les événements caritatifs français organisés sur Twitch en 2025 ont généré plus de 24 millions d’euros de dons. Selon toi, Internet, et plus particulièrement Twitch, est-il aujourd'hui l'une des plus grandes forces de frappe pour mobiliser et collecter des fonds au profit d'associations ?
Non, car le Téléthon reste devant, donc ce n'est factuellement pas le cas. Mais en tout cas, la force de frappe est instantanée et très généreuse. Au ZEvent, le don moyen, c'est plus d'une vingtaine d'euros, c'est colossal. En général, quand on vous demande un don dans la rue, c'est 5 euros, ou quand les gens donnent à quelqu'un dans la rue, ils lui donnent 2 euros avec une pièce, donc 20 euros, c'est dix fois plus, c'est vraiment gigantesque. Donc je dirais que dans le rapport entre le nombre de gens qui nous regardent et les sommes qu'on lève, c'est assurément l'un des groupes les plus généreux du monde, c'est certain. Et même en particulier le Twitch francophone, puisqu'il y a des événements anglophones qui le font, mais, en rapport du nombre d'anglophones dans le monde, c'est beaucoup plus faible. Comme je le disais tout à l'heure, on a beaucoup de chance d'avoir une communauté qui est aussi active, aussi généreuse.
Comment expliques-tu cette générosité de la communauté française / francophone ?
Je pense qu'on a plus l'habitude de se rassembler, même sur Internet, depuis longtemps. On a habitué l'audience à faire du caritatif depuis longtemps sur Internet, et ce n'est donc pas quelque chose que les gens découvrent en 2026. Ils le savent depuis des années, notamment avec le ZEvent, mais aussi avec d'autres choses qui existaient et qui existeront ensuite. Selon moi, l'audience est habituée, elle sait que ça existe et elle fait confiance, et c'est ça qui est fort.
Dernière question, le ZEvent s'arrête, mais cela ne veut pas dire que le caritatif s'arrête forcément pour toi. Comptes-tu continuer à t'impliquer dans ce milieu à l'avenir et, si oui, comment ?
Évidemment que le caritatif ne s'arrête pas pour moi. J'ai fait du caritatif avant le ZEvent et j'en ai même fait pendant, car je participe tous les ans à SpeeDons. Je ne m'arrêterai pas de faire du caritatif, car je pense que c'est trop important d'utiliser sa communauté et son audience pour essayer de faire des choses qui sont plus grandes que nous, pas forcément une fois par an, mais dès que l'occasion se présente, quand on sent que c'est le bon moment, quand on sent qu'on va pouvoir diriger une force de frappe, etc.
Ce n'est donc pas la fin. Je n'ai pas encore de vision précise de ce que je vais faire, mais je sais que je continuerai d'en faire. Je continuerai de participer à SpeeDons et à quelques événements auxquels je suis invité, comme j'ai pu le faire pour Streamers 4 Palestinians, Race for Gaza ou encore MSF Quest. On me reverra évidemment dans des événements caritatifs à plus ou moins moyen terme.