Montpellier : dix ans après, un homme condamné pour des agressions sexuelles sur mineures

samedi 05 septembre • 15:10
Ce jeudi, le tribunal correctionnel de Montpellier a condamné un quadragénaire à quatre ans de prison dont trois ans assortis du sursis probatoire, notamment pour agressions sexuelles sur deux mineures de moins de 15 ans.

Ce jeudi 3 septembre, les bancs du public se remplissent progressivement dans la salle d'audience du tribunal correctionnel de Montpellier (Hérault). Quelques proches accompagnent les victimes, tandis que d'autres attendent leur passage à la barre. Axel*, 47 ans, est mis en cause pour agression sexuelle, corruption de mineure et propositions sexuelles faites à une mineure. Costume-cravate et lunettes sur le nez, il s'avance à la barre.

Lucie avait 13 ans. Axel, lui, en avait 45

Le 24 juin 2024, une première plainte est déposée contre Axel. Quelques jours auparavant, Lucie*, son ancienne belle-fille, a ouvert la porte des confidences. À une amie, elle a évoqué certains comportements déviants que le prévenu aurait eus à son égard. Le 2 juillet 2024, elle est entendue à propos d'Axel. Elle le décrit comme étant "très proche [d'elle] physiquement". Trois semaines plus tôt, alors qu'il l'aidait à faire ses devoirs, il aurait posé sa main sur sa cuisse. Au fil de son récit, Lucie évoque également des conversations et de nombreuses questions à connotation sexuelle. La présidente en cite notamment une : "Quand je te chatouille, je te touche tout le temps les seins". À l'époque, Lucie avait 13 ans. Axel, lui, en avait 45.

Lorsque la mère de Lucie dépose plainte, un détail lui revient en mémoire. Pendant plusieurs années, Axel s'est rendu dans un camping. Il lui avait alors confié qu'il s'entendait particulièrement bien avec une jeune fille. Mathilde* est à son tour entendue par les enquêteurs. Au départ, elle est interrogée sur l'environnement du prévenu. Puis, les enquêteurs se rendent rapidement compte qu'ils sont face à de nouveaux faits d'agressions sexuelles. Mathilde a connu Axel alors qu'elle n'avait que 12 ans. À partir de 2013, il se rendait régulièrement au camping de ses parents. "J'ai été abusée sexuellement de mes douze à mes quinze ans", confie Mathilde aux policiers lors de son audition. Elle relate des agressions sexuelles "récurrentes". Axel se serait beaucoup rapproché d'elle et aurait fini par l'attoucher sexuellement, "sur sa poitrine, ses parties intimes, au-dessus et en-dessous des vêtements". Mais les faits ne s'arrêtent pas là. Lorsque Mathilde a 18 ans, Axel lui aurait renvoyé de nombreuses vidéos obscènes ainsi que des messages évoquant qu'ils avaient fait "toutes les préliminaires". Les échanges continuent : "Je sais que je t'ai pourri la vie à l'époque", "c'était il y a six ans et je te demande pardon".

Selon l'un des avocats, les faits seraient constitutifs d'un viol

Malgré plus de dix ans d'attente, l'avocat de Mathilde, Me Joaquim Sarda, ne compte pas en rester là. À l'audience, il formule plusieurs demandes devant le tribunal correctionnel de Montpellier. La première : un renvoi afin qu'une information judiciaire soit ouverte. Selon lui, les faits ne se limiteraient pas à une agression sexuelle. Ils pourraient être constitutifs d'un viol et relever, à ce titre, d'une qualification criminelle. La seconde : un supplément d'information. De nouveaux messages, récemment communiqués par sa cliente, doivent selon lui être analysés. Il demande également une nouvelle audition des deux parties.

Le procureur lui, ne l'entend pas de cette oreille. À ses yeux, le dossier est en l'état d'être jugé. "Les éléments nouveaux apportent certes un autre éclairage, mais ne sont pas de nature criminelle à ce stade", estime-t-il. Après quelques minutes de délibéré, le tribunal correctionnel de Montpellier rejette finalement les demandes de Me Sarda. Axel sera donc jugé aujourd'hui.

Il nie l'intégralité des accusations d'agression sexuelle

Concernant Lucie, le prévenu adopte un positionnement assez mitigé. Sous antidépresseurs et anxiolytiques, il s'exprime difficilement à la barre. Il reconnaît les conversations. Il lui a effectivement demandé avec insistance une photo de ses seins. Il se serait "embrouillé la tête" quand il aurait reçu une photo d'une de ses collègues dont il était amoureux. "C'était la fatigue et le stress, j'étais totalement confus", se justifie-t-il. En revanche, il nie entièrement l'atteinte sexuelle.

Quant à Mathilde, il réfute l'intégralité des accusations. Selon lui, la réalité est toute autre. Un rapprochement physique consenti aurait eu lieu entre les deux à la majorité de Mathilde. "On a fait des préliminaires vers ses 18 ans, avec son consentement", balbutie-t-il. "Alors pourquoi dans un des messages envoyé en 2021, vous lui écrivez : "c'était il y a six ans et je te demande pardon"?", enchérit Me Sarda. "Pourquoi Mathilde vous a-t-elle envoyé un message indiquant que vous lui avez pourri son enfance?", se questionne la présidente.

Axel n'a jamais été précédemment condamné. Diagnostiqué dépressif, il a tenté de mettre fin à ses jours à deux reprises. Actuellement, il est en arrêt maladie jusqu'à la fin du mois de septembre. Il vit seul et a perdu contact avec son fils. "Je regrette profondément ces conversations", bafouille-t-il.

Vous lui avez donné le courage de parler

"Nous voulons simplement qu'il assume ses actes", rétorque l'avocate de Lucie lors de sa plaidoirie. Certaine qu'une agression sexuelle a bien été commise, elle se constitue partie civile au nom de sa cliente. Selon elle, Axel représente un danger parce qu'il n'aurait pas pris la mesure de ses actes et ne ferait pas face à ses responsabilités. Troubles du sommeil nécessitant un traitement, peur de sortir, difficultés à reprendre une vie normale ... Pour Lucie, les répercussions sont nombreuses et continuent de se faire ressentir.

Avant de plaider, l'avocat de Mathilde adresse ses remerciements à la mère de Lucie, dont la démarche a permis que sa cliente soit entendue. "Vous lui avez donné le courage de parler", lui dit-il. Me Sarda décrit les conséquences de ces années de silence : "Ça fait dix ans que ma cliente ne peut pas construire une relation ou faire confiance à un homme. Aujourd'hui, elle doit faire face face à un prévenu qui nie catégoriquement les faits". Pour Mathilde, la parole ne s'est finalement libérée que quatre mois auparavant. Au moment où elle a été entendue pour la première fois par les policiers, plus de dix ans après les faits. Me Sarda se constitue partie civile pour sa cliente et sollicite une expertise psychiatrique à son égard "pour qu'elle commence sa démarche de reconstruction", conclut-il.

"La fatigue, le stress et le changement de travail. Voilà les justifications du prévenu pour des messages à connotation sexuelle envoyés à des fillettes", poursuit le procureur avant de mettre en cause l'attitude d'Axel qui "n'est pas capable d'assumer jusqu'au bout". Selon lui, les faits sont entièrement caractérisés. Il requiert quatre ans d'emprisonnement dont trois ans assortis du sursis probatoire.

Enfin, l'avocate de la défense prend la parole à propos de son client "qui a tenté à plusieurs reprises de mettre fin à sa vie et a pris la décision de se faire soigner". Selon elle, seuls les faits de propositions sexuelles seraient caractérisés. Elle demande donc la relaxe d'Axel concernant les accusations d'agression sexuelle, tout en insistant sur son profil psychologique "fragile".

Condamné à quatre ans d'emprisonnement

Après en avoir délibéré, le tribunal correctionnel de Montpellier déclare Axel coupable de l'intégralité des faits. Il est condamné à quatre ans d'emprisonnement dont trois ans assortis du sursis probatoire.

*Prénoms d'emprunt

Camille Casanova/InfOccitanie.