La Grande Motte : conflits d’intérêts, recrutements de proches, l'Office de tourisme épinglé

lundi 03 août • 11:30
Un rapport de la Chambre régionale des comptes révèle plusieurs dysfonctionnements. Le directeur répond, l'association AC anti-corruption annonce déposer plainte.

Le bateau tangue. L’office municipal de tourisme de la Grande-Motte , établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) créé en 1969, fait l'objet d'un rapport quelque peu piquant de la Chambre régionale des comptes (CRC), laquelle s'est penchée sur les exercices 2020 et suivants. Rappelons qu'outre la mission de promotion du tourisme, l'office exploite le palais des congrès, une boutique et gère l’animation pour le compte de la commune.

90% de recettes publiques

Son budget annuel moyen consolidé s’élève à 3,7 M€ (90% de recettes publiques). Malgré des recettes de taxe de séjour dynamiques, le soutien financier de la commune ne faiblit pas et compense une forte augmentation des charges, pointe le rapport disponible ici.

Le soutien financier de la mairie pose question

La taxe de séjour, recette principale d’un office de tourisme, connaît une progression de 75,2% sur la période 2018-2024 pour atteindre 1,5 M€ en 2024 contre 0,9 M€ avant la covid. Malgré ce dynamisme, la commune de La Grande Motte augmente progressivement son soutien financier jusqu’à atteindre 1,3M€ en 2024, à rebours des orientations fixées en 2019 par la commune de maîtrise de ses dépenses dédiées à l’office de tourisme. L’imprécision de l’information financière fournie par l’office à sa commune conjuguée à une hausse plus rapide des charges que des produits expliquent cette tendance sur la période, selon la CRC. Néanmoins à compter de 2025, la commune de La Grande Motte commence à diminuer son soutien de 250 000 €.

"Plusieurs recrutements de proches des dirigeants ont été décidés"

L’office de tourisme doit établir et présenter à la commune un rapport financier annuel décrivant toutes ses ressources et justifiant leur utilisation. Une gestion dénuée de "contrôle interne, ayant conduit à l’installation de situations de conflits d’intérêts", alerte la CRC. L’office de tourisme est dirigé par un directeur et un comité de direction présidé par le maire de la commune de La Grande-Motte, Stéphan Rossignol (LR). Les questions de fonctionnement courant et de performance de l’office n’ont que peu été abordées en comité de direction.

Neuf ruptures conventionnelles

La méconnaissance partielle des procédures internes ou imposées par la loi a favorisé l’installation de multiples situations de conflits d’intérêts, précise la CRC. Entre 2021 et 2023, près de la moitié de l’effectif a été renouvelée donnant lieu à neuf ruptures conventionnelles pour un coût total de 277 000 €. Dans le même temps, plusieurs recrutements de proches des dirigeants ont été décidés. Parmi 11 personnes recrutées, sept nouveaux salariés ont un lien familial direct, soit avec un membre de la direction de l'Office, soit avec un membre du comité directeur au sein duquel siègent des élus de la ville.

Rémunération du directeur, ça coince

De plus, les conditions de rémunération du directeur ne respectent pas pleinement la règlementation applicable. Ses nombreuses revalorisations salariales, décidées par le seul président, n’ont pas été présentées et approuvées par le comité de direction et l’octroi d’une prime de départ à la retraite contrevient aux dispositions applicables aux contractuels de droit public. "L’office de tourisme doit mettre rapidement en place une gestion des ressources humaines assainie, respectueuse des procédures internes, sous le contrôle effectif du comité de direction dont les attributions devront être mieux assumées", préconise la CRC qui formule sept préconisations.

Le directeur répond

Dans sa réponse adressée à la CRC le 22 mai 2026, annexée au rapport, le directeur de l'office, Jérôme Arnaud, conteste quelques constations de la Chambre. Il rappelle en effet que la subvention communale a déjà commencé à diminuer depuis 2025, tandis que la fréquentation touristique, les recettes de taxe de séjour et les recettes propres de l'établissement ont fortement progressé. Le directeur précise également que les charges de personnel sont restées quasiment stables sur la période étudiée malgré le développement des activités.

Une association porte plainte

Concernant les recrutements, Jérôme Arnaud avance que les décisions prises répondaient à des situations d'urgence ou à la recherche de profils très spécifiques. Il assure toutefois vouloir renforcer les procédures internes en créant un véritable pilotage des ressources humaines, en mettant en place un dispositif de prévention des conflits d'intérêts, une commission interne chargée d'examiner les recrutements et en renonçant, par principe de précaution, à recruter des personnes présentant un lien familial proche avec des responsables de l'établissement. Dernièrement, l'association AC anti-corruption dit avoir déposé plainte auprès du procureur de la République de Montpellier contre X, après la parution de ce rapport, indique Ici Hérault.

Linda Mansouri/InfOccitanie.