Nîmes : Musée de la Romanité, les secrets du succès

jeudi 31 juillet • 14:47
Au gré des années et des visiteurs, le Musée de la Romanité à Nîmes a su consolider une stature incontournable dans le paysage culturel national. Rencontre.

Un million de visiteurs. Le cap a été franchi le 1er juin 2025, après sept ans d’ouverture au public, mais six années d’exploitation marquées notamment par le Covid. La note Google de 4,6/5 issue de milliers d’avis et les coupures presse nationales élogieuses viennent corroborer le bilan des gestionnaires, le Musée de la Romanité à Nîmes réussit son pari. L’établissement qui propose en ce moment l’exposition Gaulois, mais Romains !, enregistre en moyenne 14 000 visiteurs par mois. « En août, mois le plus fréquenté, nous pouvons grimper à 20 000 visiteurs… », nous souffle Fabrice Cavillon, directeur de la SPL Culture & Patrimoine en charge de l’exploitation du musée. 

14 000 visiteurs par mois en moyenne 

150 000 visiteurs ont découvert ces lieux en 2024, un travail d’équipe mené avec brio, une organisation « bicéphale ». Nicolas de Larquier, conservateur en chef est à la tête de la direction scientifique, il est associé à son homologue Fabrice Cavillon qui dirige la société en charge des activités liées à l’exploitation. Le Musée de la Romanité labellisé « Musée de France » bénéficie ainsi d’un mode de gestion « novateur et complémentaire ». Conformément au code du patrimoine, le musée est placé sous la responsabilité d’un conservateur en charge de la direction scientifique qui coordonne l’activité muséale : conservation, exposition, régie des œuvres, service éducatif, recherche, documentations… La municipalité a fait le choix de conserver ces compétences en régie directe. 

Par ailleurs, la Ville de Nîmes a souhaité déléguer l’exploitation, le développement, l’animation et la valorisation du musée à la Société Publique Locale (SPL) Culture & Patrimoine qui met en œuvre et déploie ces missions. Les équipes œuvrent ainsi ensemble dans le cadre d’un projet scientifique et culturel partagé, au « bénéfice de l’attractivité de la Ville ». C’est d’ailleurs la SPL Culture et patrimoine qui exploitera le futur Centre des congrès de Nîmes baptisé h2, dont l’ouverture est prévue fin 2025.

« Une personne sur cinq qui entre au Musée est un visiteur étranger » 

Le Musée de la Romanité séduit aussi bien les Français (80% des visiteurs environ), que les étrangers qu’elle attire chaque année un peu plus. « Une personne sur cinq qui entre au musée est un visiteur étranger », confie le directeur qui aime le préciser : « plus de 180 nationalités ont été accueillies depuis l’ouverture ». Espagnols, Allemands, Belges, Italiens, Suisses, mais également Américains viennent contempler les pièces uniques de ses collections. Les étrangers et les scolaires raffolent des visites guidées, 1200 groupes sont accueillis en moyenne par an, représentant environ 30% du visitorat annuel. 

Le musée crée du lien entre parent et enfant 

Nicolas de Larquier, conservateur en chef, insiste : « on travaille régulièrement avec les groupes scolaires, dans le cadre de projet de médiations qui rejoignent les programmes éducatifs par exemple ». Ainsi, une foultitude d’actions est menée auprès des jeunes des quartiers prioritaires, ou bien des personnes en situation de handicap. « Quand un projet se monte, on constate une médiation secondaire, celle qui s’opère entre le parent et l’enfant, cela crée du lien », constate Nicolas de Larquier. 

Attractivité économique et transmission locale 

Voilà l’ADN du Musée de la Romanité : « un équipement majeur, à vocation d’attractivité culturelle, touristique et économique; mais également de recherche scientifique, de transmission et de médiation », soulignent Fabrice Cavillon et Nicolas de Larquier. Lesquels agissent au quotidien avec leurs équipes pour « l’accès à la culture pour tous ». 

Programmation renouvelée tous les 4 mois 

Chaque année, près de 400 propositions de visites et animations destinées au grand public rythment l’activité du Musée. La programmation culturelle est, quant à elle, renouvelée tous les quatre mois pour « faire vivre le musée ». Journées du Patrimoine, Journées Romaines, Journée européennes de l’archéologie, Journées de l’architecture, activités famille pendant les vacances scolaires … On ne s’ennuie pas. Surtout, le Musée de la Romanité cultive son ancrage local. « On fait écho à la programmation de la Ville avec des ‘hors les murs’, notamment pour le Festival Flamenco, ou le festival ‘Tout simplement hip-hop’ avec des thèmes telle que l’éloquence. On croise les pratiques entre opéra et musée également… », liste Fabrice Cavillon. 

Cultiver un ancrage local 

La grande exposition annuelle fonctionne quant à elle comme un moteur qui permet de renouveler l’attrait du public, associée à des cycles de conférence et des visites thématiques. Pour les tout-petits ? « C’est assez rare, mais le musée à plusieurs propositions pour les petits de 3 à 5 ans, avec des outils ludiques permettant de découvrir les collections et des rencontres sensorielles d’initiation pour éveiller l’intérêt », abonde Nicolas de Larquier. 

Le Louvre s’invite à Nîmes ! 

Evènement à ne pas manquer, le Louvre s’invite bientôt à Nîmes. Le Musée de la Romanité accueillera en 2026, sur 600m2 d’exposition temporaire, 120 chefs d’œuvre du Louvre, « des pièces monumentales, très précieuses, de très beaux bronzes, des mosaïques, de la peinture antique… », liste Nicolas Le Larquier très enthousiaste. Le Louvre a en effet dans ses missions l’accompagnement des musées territoriaux, et doit par ailleurs rénover son département romain. « On bénéficie d’un alignement des planètes assez fou », fait remarquer le conservateur en chef. « On a la chance d’avoir le soutien de la Ville de Nîmes qui permet d’avoir une programmation ambitieuse », pointe Fabrice Cavillon.

1,8 M d’euros de chiffre d’affaires

L’activité d’exploitation du musée représente un chiffre d’affaires de 1,8M d’euros (librairie-boutique; évènementiel-privatisation, billetterie, programmation), hors restauration et café. « Depuis l’ouverture, le musée a toujours eu un résultat d’exploitation positif. Nous avons, depuis longtemps, une politique de billets couplés, le pass romanité, avec les monuments romains de la ville pour renforcer la découverte multisites », rappelle le directeur. 

Le musée dans 10 ans ? 

Quel cap dans dix ans ? Maintenir le seuil de fréquentation et consolider le musée dans son « rayonnement scientifique, culturel et touristique à l’échelle nationale », détaille Fabrice Cavillon. Nicolas de Larquier entend aussi travailler sur les collections qui ne sont pas montrées au public : « 4500 pièces sont exposées, nous en avons 75 000 en réserve portant sur l’archéologie… Il faudra interroger le parcours permanent et le renouveler un peu pour montrer l’archéologie récente ». En attendant, les dix ans seront fêtés en 2028 avec une grande exposition anniversaire présentant des œuvres d’envergure autour de la mosaïque, dont une qui se trouvait au cœur de la Maison Carrée jusqu’en 1985 et qui attendait d’être restaurée… 

Plus qu’un musée, « un lieu de vie » 

Surtout, le musée doit perdurer en tant que « lieu de vie ». « C’est un lieu de brassage, il se passe tout le temps quelque chose. Les lycéens viennent déjeuner dans le jardin derrière, les visiteurs montent sur le toit terrasse pour admirer la ville. C’est quand même une belle réussite… », reconnaissent Fabrice Cavillon et Nicolas de Larquier. « Suerte » pour la suite.

Linda Mansouri/InfOccitanie.