L’exercice s’inscrit à première vue dans le respect des cultes, du vivre-ensemble et de la cohésion sociale. Le maire de la 7ᵉ ville de France se rend dans une mosquée de la commune qu’il administre, pendant le mois sacré du Ramadan, pour transmettre notamment ses meilleurs vœux à la communauté musulmane, comme il s’y plierait pour une autre confession. Le passage à la mosquée Averroès à la Mosson, vendredi dernier, a pourtant fait froncer des sourcils, laissant certains fidèles décontenancés à la vue du premier magistrat dans la maison de Dieu.
Le timing ne passe pas
Dans une vidéo ayant fuité sur les réseaux sociaux, prise en catimini par un fidèle, l’on aperçoit le maire-candidat en costume-cravate noir et chemise blanche, accompagné de l’élu de sa majorité Christian Assaf. Ces derniers se tiennent debout devant les fidèles attentifs au discours de l’un d’entre eux. Salim*, un habitant des Hauts de Massane, est abasourdi. « C’est une tentative grossière de séduction électorale en direction des électeurs musulmans. Les lieux de culte ne devraient pas être instrumentalisés à des fins politiques, juge-t-il. La laïcité implique une stricte séparation entre les institutions publiques et les religions. Elle suppose que les responsables politiques s’abstiennent de toute démarche pouvant laisser penser à une recherche de soutien communautaire dans un cadre religieux. Où est passée la laïcité dont il se revendiquait pourtant avec insistance ? Si la République garantit la liberté de culte, elle impose également aux élus une certaine retenue afin d’éviter toute confusion entre engagement religieux et stratégie électorale ».
Yanis* qui a grandi et vit à la Paillade, était parmi les fidèles le jour de la venue du maire. Ce dernier peine à déceler l’authenticité du geste. « Ce qui me gêne surtout, c’est le timing, venir à quelques jours du premier tour, alors que pendant tout le mandat il a tenu un double discours… ». Même son de cloche du côté d’Adil Sosso. Le calendrier de l’échéance du premier tour des municipales fait tiquer le militant pour les quartiers populaires, instigateur de l’association Justice pour le Petit Bard à l’époque. « Il impose une charte de la laïcité à toutes les associations au risque de perdre leurs subventions, mais en plein Ramadan, il vient selon moi récolter des voix et instrumentaliser la communauté musulmane pour conserver sa chaise », assène-t-il.
« C’est une hypocrisie totale »
Le même rembobine : « On s’est retrouvés à plus de 20 000 musulmans dans un stade pour la prière de l’Aïd, il n’est jamais venu nous voir et a délégué Clare Hart, son adjointe aux relations internationales. Pourquoi venir ce mois-ci, un vendredi, jour d’affluence pendant le ramadan, à quelques jours du premier tour ? ». Ce dernier va plus loin : « C’est une hypocrisie totale, une récupération politique mal venue alors que durant son mandat, les musulmans dont je fais partie se sont sentis stigmatisés dans les quartiers ». Adil Sosso dépeint une « laïcité à géométrie variable » : « Il combat le port de l’abaya dans les lieux publics, mais s’empresse de porter une djellaba dans les locaux mêmes de la mairie lors d’un événement en rapport avec la culture marocaine ». Le même de questionner : « S’il voulait aborder des sujets précis, comme l’aménagement, la construction, les projets, pourquoi ne pas avoir échangé avec l’association dans les bureaux, en privé ? Laquelle aurait relayé auprès des fidèles par la suite ».
« Les lieux de culte ne devraient pas être instrumentalisés à des fins politiques »
Soufyan Heutte est éducateur spécialisé auprès des jeunes en situation de délinquance à Montpellier. Porte-voix au sein du mouvement Cause commune qui avait présenté des axes programmatiques en vue des municipales, ce dernier partage sa grille de lecture. « Un maire peut mettre des décorations pour le Nouvel An chinois ou souhaiter Yom Kippour, je n’ai aucun problème avec cela. A condition qu’il le fasse chaque année… Pourquoi le faire une seule fois dans cette mosquée, à quelques jours du premier tour des élections ? ». Le militant se lance dans la comparaison :« J’ai le souvenir d’Hélène Mandroux (maire de Montpellier 2004-2014, ndlr) qui venait régulièrement dans les mosquées durant son mandat. Avec Michael Delafosse, il y a quelque chose de communautariste, une forme de pêche aux voix. Il y a un temps pour tout, il a tout loisir de dévoiler ses propositions pendant ses meetings politiques, réunions publics, porte-à-porte etc., pas dans une mosquée ».
*Prénoms d’emprunt.