Montpellier : pourquoi les avocats entrent-ils en grève ?

mercredi 08 avril • 15:44
À Montpellier, les avocats pénalistes feront grève du 9 au 14 avril 2026 pour protester contre le projet de loi sur la justice criminelle. Ils participeront également à la journée "justice morte" le 13 avril 2026.

À Montpellier, les avocats pénalistes entrent en grève du 9 au 14 avril. La raison : le projet de réforme de la justice criminelle. « Accélérer le temps judiciaire ». C’est l’objectif que Gérald Darmanin, garde des Sceaux, affiche pour son projet de loi SURE. Plusieurs changements sont proposés : réformation des cours criminelles départementales, assouplissement de la composition des juridictions, réduction des délais d’audiencement et simplification des démarches d’indemnisation des victimes en matière civile.

Cependant, c’est une disposition qui a particulièrement suscité la colère des avocats : l’introduction d’un « plaider-coupable » en matière criminelle. Déjà appliquée aux délits, cette procédure a pour objectif principal, à l’instar du reste du projet, d’accélérer le traitement des affaires. Concrètement, le plaider-coupable consiste en une négociation entre l’accusé et son avocat, d’un côté, et le procureur de l’autre. Les audiences pourraient alors se dérouler en une demi-journée, sans intervention de témoins ni d’experts, et sans jury populaire.

« Une pression sur la personne accusée »

Malgré les garanties « destinées à préserver la place, l’expression et les droits de la partie civile », la mesure ne rassure pas les professionnels du droit. Un mouvement de protestation se fait entendre dans tout le pays. À Montpellier, le barreau « exprime sa plus vive opposition au projet de loi« . Pour les avocats, « au prétexte de célérité et d’efficacité, ce texte remet en cause les fondements mêmes du procès pénal criminel ». Ils dénoncent une logique « inacceptable », qui « transforme le jugement des crimes les plus graves en une justice soi-disant négociée mais surtout expéditive », et qui « fait peser une pression sur la personne accusée« . Le barreau déplore aussi que la réforme limite la place des victimes, qui disposent d’un délai « insuffisant » pour s’opposer à la procédure.

« On ne peut accepter de condamner sans juger ». C’est cette conviction qui a conduit le conseil de l’Ordre des avocats du barreau de Montpellier à voter à l’unanimité la grève des avocats en matière pénale, hors contentieux de la liberté, du 9 au 14 avril 2026. Le barreau participera également à la journée « justice morte » du lundi 13 avril.

Camille Casanova/InfOccitanie.