C’est l’une des actions entreprises par le maire durant les premiers jours de son mandat. Charly Crespe s’est rendu sur la plage Nord du Grau-du-Roi aux côtés du service environnement de la Ville le 12 avril dernier, afin de « s’approprier pleinement la problématique » liée à l’herbier de zostères, plante marine qui s’est développée ces dernières années, au grand dam des baigneurs. Objectif de la rencontre : « identifier des solutions adaptées, conciliant préservation du milieu naturel et attractivité du littoral pour les habitants comme pour les visiteurs ».
« Encore une saison de perdue »
Il faut dire que l’irritation est palpable chez les internautes, certains se présentant comme des usagers de la plage. Christine est catégorique : « Encore une saison de perdue, il va falloir (…) prendre la voiture et payer le parking de l’Espiguette, alors qu’on habite à cinquante mètres de la plage », écrit-elle sur la page Facebook de la Ville. Pour Frank, la plage Nord se transforme tout bonnement en « marécage ». Si ce dernier salue la visite terrain pour constater les « dégâts », il en appelle désormais aux « actes ». Claudine est également pressée par le temps : « On est déjà mi-avril. Merci de prendre des mesures d’urgence pour éradiquer ce phénomène d’ici début juillet, c’est une catastrophe, on ne peut pas se baigner ». Puis il y a Tania, qui pense à l’après : « L’image d’une station balnéaire est fragile. Une fois qu’une réputation de ‘plage sale’ est installée, il faut des années d’efforts pour inverser la tendance ».
« N’oublions pas que notre nouveau maire vient juste de prendre ses fonctions »
Dominique se confie également : « Après avoir acheté un appartement vers la Capitainerie depuis trois ans, nous sommes déçus de ne pas pouvoir nous baigner vu l’état de la plage ». Même son de cloche du côté d’Anne-Marie : « Nous faisons 1000km et économisons toute l’année pour se retrouver les pieds dans les algues ». Nathalie clôt le débat : « N’oublions pas que notre nouveau maire vient juste de prendre ses fonctions. Il est conscient du problème, c’est d’ailleurs très bien qu’il se soit déplacé si rapidement pour constater les désagréments causés. Maintenant, laissons-lui le temps d’agir ».
Rappelons, au moyen des derniers éléments transmis par les scientifiques de l’Institut marin du Seaquarium, que la zostère naine, plante marine aux feuilles fines et longues, joue un rôle essentiel dans l’écosystème côtier. Elle stabilise le sol, absorbe l’énergie des vagues, favorise la sédimentation, et sert de refuge à diverses formes de vie marine. En agissant comme un puits de carbone, elle aide également à lutter contre l’érosion des côtes.
Une « recolonisation » depuis 2010
Avant la construction du port de Camargue en 1980, ces herbiers étaient présents dans la région, mais ont subi des impacts significatifs lors des travaux d’aménagement. En effet, les interventions côtières, comme tout aménagement sur le littoral, entraînent une mise en suspension des sédiments, réduisant ainsi la disponibilité de la lumière, élément indispensable à la photosynthèse et, par conséquent, au développement des herbiers. Toutefois, plusieurs années plus tard, des premiers signes de recolonisation par les herbiers ont été observés dans le golfe de Beauduc au début des années 2000, puis au Grau-du-Roi en 2010.
1000 mécontents et une réunion en août 2025
En août 2025, près de 200 personnes se sont réunies au Yacht Club de Port-Camargue avec le maire d’alors, Robert Crauste, et des scientifiques pour discuter des zostères. Une pétition (lire ici) avait été lancée par des résidents de la plage Nord réunissant mille signatures. Lors de la réunion, plusieurs désagréments avaient été soulevés : enlisement dans la vase, danger de chute en glissant, piqûres d’anémones, désertion de la plage, mais également l’impact potentiel sur la dévalorisation des logements… Les scientifiques du Seaquarium avaient alors expliqué que les zostères – inodores, contrairement à la vase ou aux algues — sont bénéfiques à la vie marine et humaine. Par ailleurs, elles abritent de nombreux poissons, dont des espèces protégées. Or, il est interdit de détruire des habitats d’espèces protégées. Un comité de pilotage et un comité technique devaient se mettre sur pied à la rentrée suivante. Un dossier à surveiller au fil de l’eau.