LFI classée à l’extrême gauche, qu’en pensent les militants locaux ?

mardi 10 février • 08:36
La France insoumise, fondée en 2016, a été classée pour la première fois de son histoire comme un parti d’extrême gauche dans une circulaire concernant l’attribution des nuances aux candidats pour les municipales.

A quelques jours du premier tour des municipales, La France insoumise (LFI), fondée en 2016, a été classée pour la première fois de son histoire comme un parti d’extrême gauche. Ce nouveau classement apparait dans une circulaire publiée la semaine dernière par le ministère de l’Intérieur, concernant l’attribution des nuances aux candidats pour les municipales. LFI rejoint donc Lutte ouvrière et le Nouveau Parti anticapitaliste.

Différence entre nuance et étiquette

Il faut distinguer cette « nuance » de l’« étiquette ». La première est attribuée et réévaluée à chaque élection par l’administration, c’est-à-dire par le ministère de l’Intérieur. La seconde « dépend de la libre appréciation du candidat » et « reflète les convictions ou les engagements personnels en politique du candidat », rappelle Vie Publique.

« Une forme de radicalité »

Pour justifier le changement concernant LFI, Laurent Nuñez a affirmé qu’une « analyse » avait été faite, évoquant un « faisceau d’indices » autour de trois critères. D’abord, la distance prise avec les autres coalitions de gauche, dont le Parti socialiste. Ensuite, « des appels à la désobéissance civile », « une forme de radicalité » et « une remise en cause très forte » de l’autorité judiciaire, des médias et de la police, toujours selon Laurent Nuñez, citant le slogan « La police tue ». Enfin, un éloignement des « valeurs universalistes républicaines », a poursuivi le ministre de l’Intérieur.

Le patron du PS « ne trouve pas ça juste »

Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, n’a pas manqué de réagir : « Je ne sais pas si c’est un problème, y compris pour LFI, mais je ne trouve pas ça juste. Le Conseil d’Etat a déjà tranché cette question [dans une décision datant de 2024] et LFI est un parti de la gauche radicale. C’est un parti qui s’inscrit dans un parcours (…) électoral, démocratique, et on ne peut pas les classer à l’extrême gauche ». Le patron du PS d’ajouter : « Certains cherchent à dédiaboliser l’extrême droite, transmettre le mistigri à la gauche radicale », dénonçant une volonté de « réintégrer dans l’arc républicain l’extrême droite pour mieux en exclure la gauche radicale ».

Un recours devant le Conseil d’Etat

« C’est carrément un délit d’opposition qui est créé », a pour sa part fustigé le député « insoumis » Eric Coquerel dans l’émission « Questions politiques »« Théoriquement, quand vous classez des mouvements comme ça, c’est pour éclairer le débat politique, donc vous prenez en compte l’origine du mouvement, son histoire, son programme, la manière dont il estime [l’] appliquer. Nous, c’est par les urnes », a argumenté le cadre de LFI. « Là, ce qui nous est reproché, ce sont des motions de censure et le fait de ne pas avoir voulu participer à des discussions pour négocier un budget qui était minoritaire », a-t-il déploré. Selon Manuel Bompard, coordinateur de LFI, un recours devant le Conseil d’Etat est étudié.

Un « trumpisme d’État » pour Nicolas Pellegrini, animateur des Jeunes Insoumis du Gard et co-secrétaire départemental du Parti de Gauche :

« Que l’on soit d’accord avec La France Insoumise ou non, cette classification est factuellement fausse et intellectuellement un parjure. Elle est factuellement fausse par la justification du ministère de l’Intérieur qui consiste à considérer qu’un parti d’opposition qui s’oppose, c’est déjà trop. Bref un trumpisme d’État. Elle est intellectuellement un parjure parce qu’il existe une extrême gauche dans ce pays qui est respectable et voit les élections comme une tribune politique là où la France Insoumise est un parti parlementaire et souhaite prendre le pouvoir par la voie électorale. Un recours sera formé auprès du Conseil d’État contre cette décision, car souvenez-vous en, que vous soyez d’accord avec La France Insoumise ou non, demain ça sera votre tour, et nous entrerons dans les jours sombres ».

« Pourquoi maintenant ? », interroge Rhany Slimane, co-chef de file LFI pour les municipales à Montpellier :

« La banalisation depuis des mois par de nombreux médias et politiques, à commencer par le gouvernement, « des extrêmes », le ministre de l’intérieur finit le travail en classant la FI à l’extrême gauche et ce n’est ni une erreur ni un détail administratif : c’est une manipulation politique. Le ministre de l’Intérieur n’a pas à redéfinir, selon ses intérêts, le paysage démocratique. Ce qu’il fait là, c’est truquer les étiquettes pour disqualifier une opposition populaire.

Pourquoi maintenant ? Parce que le macronisme est en train de s’effondrer et qu’il lui faut des repoussoirs. Parce qu’à l’approche des municipales, notamment à Montpellier, une alternative de rupture sociale et écologique devient crédible. Alors on caricature, on stigmatise, on “extrémise” pour éviter le débat de fond. 

À Montpellier, on connaît la musique : le pouvoir local social-libéral gouverne avec Macron, applique ses politiques, puis s’indigne quand une opposition populaire refuse la cogestion. Ce classement donne un vernis institutionnel à ce que Delafosse et sa majorité font déjà politiquement : disqualifier toute contestation venant du peuple.

Soyons clairs : l’extrême, ce sont les politiques qui détruisent les services publics, qui laissent des enfants dormir dehors, qui abandonnent la prévention pour la répression et livrent la ville à la gentrification. Pas celles et ceux qui défendent la dignité, la justice sociale et la démocratie. Quand le ministère de l’Intérieur commence à bricoler les catégories politiques, il ne protège plus la démocratie : il la menace. Et quand l’arbitre truque les règles, c’est toute l’élection qui est entachée ».

Linda Mansouri/InfOccitanie.