Ce lundi matin, Farid* fait son entrée dans le box des accusés. Durant plusieurs jours, la cour d’assises de l’Hérault examinera son affaire : il est accusé de tentative de meurtre et de violences avec usage d’une arme. Désormais, son sort est entre les mains des trois magistrats et du jury populaire, composé de cinq femmes et d’un homme. Verdict attendu mercredi 13 mai.
Un homme grièvement blessé par balles
Vêtu d’une chemise blanche et de lunettes, Farid semble attentif. La présidente débute son rappel des faits. Tout commence le 27 juin 2023.En fin de matinée, les gendarmes sont appelés au centre commercial Intermarché de Juvignac (Hérault), après qu’un homme a été grièvement blessé par balles. Touché au thorax et à la main, Sofiane*, un homme de 31 ans, est pris en charge avec un pronostic vital engagé. Le tireur, lui, a pris la fuite.
Les enquêteurs exploitent rapidement les images de vidéosurveillance du centre commercial. Les caméras montrent une altercation entre Sofiane et un autre homme au milieu des rayons du supermarché. Les deux individus quittent ensuite le magasin pour « s’expliquer ». Une première bagarre éclate, obligeant un agent de sécurité à intervenir. Mais les tensions reprennent. Les protagonistes multiplient les allers-retours entre l’intérieur du centre commercial et le parking. Sur les images, l’un des hommes apparaît à plusieurs reprises en train de manipuler sa sacoche. Il finit par sortir une arme à feu. Une première tentative de tir échoue, avant qu’un second coup de feu ne soit tiré, atteignant Sofiane. Blessé, il parvient à regagner l’intérieur du centre commercial avant de s’effondrer. Grâce à la reconnaissance faciale effectuée à partir des vidéosurveillance, le suspect est identifié : il s’agit de Farid.
Une incertitude autour du nombre de coups de feu
Sofiane, blessé à la main et au thorax, a subi deux opérations chirurgicales. Il s’en sort finalement avec 58 jours d’ITT. L’enquête se poursuit, tandis qu’une incertitude demeure sur le nombre exact de coups de feu tirés. Au regard des blessures constatées, le médecin légiste estime que deux hypothèses restent possibles : soit un unique projectile a traversé la main de la victime avant d’atteindre son thorax, soit deux balles distinctes ont été tirées.
Plusieurs témoins sont entendus. Une employée de la boulangerie affirme avoir entendu deux détonations, tandis qu’un client présent sur place dit n’avoir perçu qu’un seul tir. Ce dernier explique avoir été bousculé au niveau de l’épaule droite au moment des faits. Il raconte avoir aperçu une main tenant un pistolet à hauteur de son épaule, avant que le coup de feu ne parte lui provoquant d’importants sifflements auditifs. Farid est d’ailleurs poursuivi pour des violences avec usage d’une arme à l’encontre de ce client.
Un conflit lié à une affaire de narcotrafic
Farid et Sofiane se connaissent. En 2022, ils ont tous les deux été condamnés dans une affaire de trafic de stupéfiants : Farid, qui a toujours contesté les faits, a écopé de deux ans d’emprisonnement, tandis que Sofiane a été condamné à cinq ans de prison. Les deux hommes ont également été condamnés au paiement d’une amende douanière dépassant le million d’euros. À noter que les faits en cause dans cette affaire se sont déroulés au lendemain de la pose du bracelet électronique de Farid.
Entendu depuis l’hôpital, Sofiane livre sa version des faits. Il affirme avoir été pris à partie verbalement par Farid à l’intérieur du supermarché, puis sur le parking, puis avoir pris la fuite en apercevant son arme à feu, avant d’être blessé. De son côté, Farid soutient avoir été menacé à plusieurs reprises par Sofiane, en lien avec leur précédente affaire de narcotrafic. « Depuis ces menaces, je sortais soit avec mon chien, soit avec une arme », a-t-il déclaré, évoquant une crainte de représailles. Les deux versions s’opposent donc, laissant subsister plusieurs zones d’ombre sur le déroulement exact des faits. L’accusé, qui s’est d’ailleurs rendu aux forces de l’ordre le lendemain des faits, reconnaît avoir fait usage de son arme contre Sofiane, tout en niant toute intention homicide. « Je voulais juste l’intimider. C’est parti tout seul », explique-t-il.
De bonnes relations familiales
Farid, né au Maroc, est le benjamin d’une fratrie de huit enfants. À ses six ans, la famille rejoint le père venu travailler en France. Il décrit une enfance marquée par une « bonne éducation », essentiellement assurée par sa mère, et par de « bonnes relations » avec ses frères et soeurs. Sur le plan scolaire, l’école « ne lui plaisait pas trop ». Il est d’abord orienté vers un CAP mécanique, puis vers un CAP agent de propreté et d’hygiène, deux formations qu’il n’achève pas, affirmant avoir suivi ces parcours avant tout pour satisfaire ses parents. À sa sortie de détention, dans le cadre de l’affaire de narcotrafic, il travaille ensuite comme commerçant dans une supérette.
Présenté comme « le chouchou de la famille », il apparaît toutefois, selon les experts entendus à la barre, en proie à un sentiment d’insécurité et à une certaine immaturité affective. La présidente relève le contraste entre le tableau d’un cadre familial présenté comme idéal et l’absence des proches de l’accusé. « Vos parents et vos frères et soeurs ne sont pas présents aujourd’hui pour votre procès ? », l’interroge-t-elle. La réponse est négative. Aucun membre de sa famille n’a pris place dans la salle d’audience. « Non. Je ne veux pas les inquiéter. Ma mère n’est pas au courant de cette affaire. Elle ignore que je suis en détention. Elle pense que je travaille dans le Nord. Mon père et mon frère sont au courant, mais je ne leur ai pas communiqué la date du procès. J’ai fait cette connerie, j’assume seul », conclue-t-il.
*Prénoms d’emprunt


