« Les crottes de chien, on n’en peut plus. Chaque fois que je vois quelqu’un avec un chien, je le maudis », fulmine une habitante de Jean-Jaurès, enchaînant illico : « et puis, est-ce qu’il y a une règle pour les commerçants qui mettent leurs tables sur les trottoirs ?! ». L’exercice est cathartique tant il a permis d’extérioriser les frustrations enfouies. Ce mardi 2 mai, l’affluence est telle que le maire en personne est contraint de sortir de la salle du centre des Congrès afin d’informer le public dans la file d’attente que la capacité maximale est atteinte et qu’une autre réunion sera organisée. Dans la lignée de l’exercice démocratique de la campagne, le nouvel exécutif conduit par Vincent Bouget a entamé une série de sept rencontres citoyennes nommées « Bonjour Nîmes », quadrillant la totalité de la ville. Hier avait lieu l’échange dédié au secteur Nîmes-centre, incluant les quartiers : Jean-Jaurès, Montaury, Montcalm-République, Placette, Feuchères, Ecusson, Richelieu, Carmes-Couronne, Cardinal de Cabrières.
Pour chaque réunion, la méthode est la même. D’abord, une projection sur écran géant. En amont de la réunion, des équipes de la ville sont en effet parties à la rencontre des habitants de chaque quartier du secteur pour recueillir leur parole. Afin de libérer la parole et d’initier les échanges, un film d’une dizaine de minutes résume ces expressions sur leur quartier, leurs priorités et leurs attentes. Ensuite, place à la salle et aux interrogations.
Epiceries de nuit, « ils ne respectent pas les 22h »
» J’habite en face d’une épicerie de nuit, la fermeture à 22h n’est pas respectée. On retrouve des ballons (de protoxyde d’azote, ndlr), des tonnes de cigarettes par terre, cela crée des incivilités », témoigne un habitant du quartier Montaury, réclamant plus de caméras, sous les applaudissements de la salle. L’alcoolisation anime ensuite les débats : « J’habite dans l’écusson et j’y travaille. Je vois régulièrement des gens en errance, alcoolisés, sous crack ou héroïne. La police ne fait rien malgré nos appels. J’entends que vous souhaitez lutter contre l’alcoolisation des plus jeunes. En attendant, les enfants des écoles passent et prennent exemple sur ces personnes ».
« Dans une ville comme Nîmes, je ne comprends pas pourquoi les transports ne vont pas jusqu’à minuit, voire 1h »
Les transports suscitent également des inquiétudes. « C’est zéro pointé !, tranche un habitant. A 21h, il n’y a plus de bus, pendant les vacances scolaires, pas assez, il faut attendre des heures. Je connais une jeune qui finit le travail vers 1h et doit rentrer à pied des Costières. Dans une ville comme Nîmes, je ne comprends pas pourquoi les transports ne vont pas jusqu’à minuit, 1h ? ». Prés de Montaury, une habitante regrette le manque de conteneurs dans les immeubles et réclame plus de ramassage des déchets, à fortiori avec les chaleurs qui arrivent, « au moins une fois par jour ». Une autre s’empare du micro : « Les jardins de la Fontaine ne devraient pas être fréquentés par des gens qui ne tiennent pas leur chien en laisse ! », applaudissements fournis de la salle. Puis vient le président de l’association de quartier de Jean-Jaurès : « On est les derniers informés sur les manifestations sportives ou culturelles. Sans commerce, le quartier ne vaut rien. Il faut regrouper toutes les énergies afin de ne plus être les dindons de la farce ».
La sécurité ? « Une question nationale », nuance un habitant
Au chapitre de la sécurité, un habitant prend de la hauteur : « Entre nous, c’est une question nationale, quelle que soit la couleur politique, c’est un vrai drame, cela dépasse la municipalité ». Le plan de circulation est également abordé : « lorsque le boulevard Victor Hugo est fermé, on envoie toutes les voitures dans la Placette, formant une nasse, ils roulent en rond et prennent des sens interdits autour de l’école maternelle, un jour il y aura un accident ».
« Pourquoi les instituteurs n’ouvrent pas les fenêtres la nuit ? »
Quid de la chaleur dans les classes ? « Pourquoi les instituteurs n’ouvrent pas les fenêtres la nuit ? Et des brasseurs d’air ? Il faut végétaliser les cours d’école et les ouvrir aux quartiers », propose une maman de deux petites filles. Concernant les arènes et notre patrimoine, un habitant s’inquiète : « La rénovation sera-t-elle terminée avant la fin du mandat ? L’ancien collège des Jésuites est en très mauvais état, quel est votre projet ? Sans compter beaucoup de façades en décrépitude ». Suite à des réclamations sur le bruit des cafés, une femme objecte : « je ne suis pas venue habiter en centre-ville pour avoir un lieu dortoir. Attention à ne pas tuer l’écusson », avant de réclamer des distributions de cendriers de poche pour éviter la prolifération de mégots au sol.
« L’arrêté préfectoral est plus fort que l’arrêté de la mairie »
Marianne Bernède, présidente du conseil de quartier Nîmes Centre, tient à rassurer : « La végétalisation est un point important de notre programme, les élus travaillent dessus de longue haleine. Les transports également mobilisent nos élus qui travaillent d’arrache-pied. Concernant les crottes, il y a également un problème de civisme et d’éducation de la population… » Le maire abonde : le Quadrilatère des Jésuites devrait rouvrir « sans doute » l’année prochaine. Concernant les épiceries, Vincent Bouget tient à clarifier : « L’arrêté préfectoral est plus fort que l’arrêté de la mairie. L’arrêté ne peut être que sur une durée déterminée et une espace déterminé, encadrés par la loi, on ne peut pas l’appliquer partout sur tout le territoire. Plus de 100 contraventions ont été données depuis le début de la mise en route de l’arrêté de fermeture des épiceries. On va continuer le travail sur les points tendus ». Quant au protoxyde d’azote, le maire reconnaît : « C’est un gros problème, il coûte cher à la collectivité, environne 90 000 euros de recyclage de janvier à aujourd’hui. On va s’y atteler ». La sécurité fera l’objet de discussions avec le ministre de l’Intérieur en visite ce jeudi à la base de sécurité civile Nîmes-Garons. Le maire insiste : il s’emploiera avec son équipe à faire de l’espace public un cadre de vie apaisé, notamment en matière de végétalisation et de circulation, en lien avec les institutions, la police municipale ou les associations de quartiers.


