Entretien politique : « je ne suis pas là pour gérer une cour d’école ! », François Rio, maire de Saint-Jean-de-Védas

jeudi 03 avril • 10:02
Halles védasiennes, COM, situation politique au conseil municipal... François Rio, maire de Saint-Jean-de-Védas, joue cartes sur table.

InfOccitanie : Quel bilan dressez-vous de 2024 ?

François Rio : Satisfaisant, on se retrouve avec de belles réalisations dans la commune. Nous avons fait le choix de ne pas augmenter les impôts, et ceci depuis le début du mandat. Maintenant, si l’Etat augmente la base, mécaniquement, les contribuables paient plus cher… 

InfOccitanie : Quelles réalisations ont marqué la commune en 2024 ?

François Rio : Il y en a beaucoup, je pense notamment au projet Cours Oasis dédié à la végétalisation de 3 groupes scolaires sur 4 qui a nécessité une enveloppe totale d’1,9M €, avec le soutien notamment de l’Etat et du Fonds Vert. En termes de développement économique, l’ouverture d’une voie sur la zone d’activités de la Lauze qui réunit beaucoup d’entreprises, prévue depuis des années, a enfin été réalisée afin de désengorger le trafic. 

InfOccitanie : Le centre jeunesse, initialement budgété à 1,7M€ est passé à 3,7M€. Pourquoi cette hausse ?

François Rio : Le Centre jeunesse est utilisé par nos adolescents mais pas de façon continue. En parallèle, nous avons 67 assistantes maternelles en libéral qui se réunissent dans un local à côté de l’église non adapté. L’idée était de passer d’un centre jeunesse à un Pôle Jeunesse qui pourra être utilisé en continue, occupé par les assistantes maternelles en journée, incluant une antenne de la mission locale également, le point information et jeunesse et le centre jeunesse de 11 à 17 ans. Le gros œuvre est fait, sur 984m2 pour un cout de 3,7M €. La livraison est prévue pendant les vacances de la Toussaint, si tout se passe bien. 

InfOccitanie : Projet des halles, pourquoi avoir réduit la part de logements ? (notre article)

François Rio : Là où se situent les halles aujourd’hui étaient prévus uniquement des logements, sans équipement public, ni service de proximité ! J’ai fait part à la SERM (société publique locale d’aménagement de la Ville et de la Métropole, ndlr) de mon projet de halles qui l’a trouvé intéressant. J’ai ainsi réduit la part de logements sur cet espace de plus de 3000m2. Dans ce quartier de Roque Fraisse, il y a des gens que vous ne voyez jamais dans le village, il fallait un lieu de connexion. Après un appel à projets, le Groupe FDI a remporté le concours avec l’architecte Jean-Baptiste Miralles et le groupe Romagnoli qui gère également les Halles 610 à Jacou. On se voit souvent avec le gestionnaire, la famille Romagnoli, qui me tient informé. Je précise tout de même que le coût du projet privé d’ensemble financé par FDI est de 50 000 000 euros. Le coût de l’opération pour la Ville de Saint-Jean-de-Védas est de 0 euro ! 

InfOccitanie : Qu’en pense l’opposition de ces halles ?

François Rio : Il y a très peu d’opposants… J’entends dire à la rigueur : « c’est moche ». C’est comme l’art, on aime ou on n’aime pas. Je pense aussi que certains sont jaloux et jouent leur rôle d’opposant… Je peux vous dire en tout cas que c’est l’un des sujets sur lequel je suis le plus interpellé. Les gens me demandent quand est-ce que les halles verront le jour pour aller y boire un verre. Si vous habitez entre Sète et Montpellier, ces halles seront l’idéal et attireront du monde. 

InfOccitanie : Ne craignez-vous pas que les intérêts du privé prennent le pas sur le domaine public ?

François Rio : Non, je ne pense pas. J’échange souvent avec mes collègues, dont Renaud Calvat, maire de Jacou dans laquelle il y a les Halles 610. Il m’a confirmé que ce choix était le bon car les gestionnaires étaient très à l’écoute, ouverts à l’échange. C’est simple, ils partent du principe que le maire connait le mieux sa commune. Quand ils ont des doutes, ils m’appellent, on en discute.  

InfOccitanie : Le COM, pourquoi êtes-vous en faveur de sa réalisation ?

François Rio : Quasiment tous les matins ici, on est bloqués au niveau du rond-point de Chez Paulette et d’Action. J’ai fait l’acquisition de radars pédagogiques pour évaluer le trafic dans la commune. 6700 voitures par jour passent rue de la Farigoule, à proximité du terrain de rugby. Ils prennent ensuite l’avenue Clémenceau, arrivent à la poste, puis direction Paul Bernad et le terminus du tram pour récupérer l’autoroute. Le but est de désengorger le trafic.  

InfOccitanie : Plusieurs adjoints qui œuvraient au sein de la majorité ont basculé dans l’opposition, comment expliquez-vous cela ?

François Rio : Il y a eu des tensions entre certains élus du groupe, je ne suis pas là pour gérer une cour d’école ! Mais pour travailler dans l’intérêt des citoyens. Je suis même allé jusqu’à faire une suspension de séance parce qu’ils s’engueulaient entre eux. Quelle est la prochaine étape ? Se lever et se gifler ? Lors de leur demande de rendre leur délégation, je leur ai demandé de terminer les sujets à traiter et de faire cela proprement. Sauf que les choses ont trainé, j’ai sonné l’arrêt du jeu en leur retirant leur délégation.  

InfOccitanie : Ces décisions n’ont rien à voir avec votre politique ?

François Rio : Je constate en tout cas qu’ils votent les délibérations. Ils disent que je gère tout seul, qu’ils ne sont pas au courant de tout. Je faisais un bureau municipal par semaine, on m’a reproché que c’était trop ! J’ai baissé à un toutes les deux semaines. Ensuite on a tenu un groupe majoritaire par mois, en prenant soin de l’adapter en fonction des horaires de chacun. Quand je demande à mes collègues maires, ils me disent qu’ils ne font pas autant de points avec leurs élus… J’ai toujours pris soins d’échanger, de dialoguer, je peux entendre si mes idées ne sont pas les bonnes. Le programme électoral est une chose, ensuite il y a les réalités du terrain.  

InfOccitanie : Pensez-vous que l’approche des municipales joue dans ce vacillement ?

François Rio : Je suis président de la Mission locale Occitanie, je discute avec beaucoup de maires du département et au-delà. Je constate que ma situation politique est la même dans beaucoup de communes…. Un maire de l’Hérault, dont je tairai le nom, me disait : “plus les semaines passent, plus je recois des démissions !”. Est-ce une tactique en vue de former une liste en 2026 ? Ou de déclencher une élection anticipée ? Sauf que ce ne sera pas voté pour 6 ans comme certains le pensent naïvement, mais pour la période jusqu’en mars 2026. Après cela, il y aura bien une élection.  

InfOccitanie : Le budget 2025 sera soumis au vote ce vendredi 4 avril. Comment diriger la commune sans majorité jusqu’en 2026 ?

François Rio : Mon groupe de 9 élus est le plus grand de la majorité mais n’atteint pas les 17 élus sur 33, en effet. Le budget présenté est un budget sincère qui n’augmente pas les impôts et continue de financer les projets en cours et à venir. Le budget 2025 est déjà travaillé depuis 2021 dans sa globalité, avec des ajustements. Certains voteront à mon sens les délibérations parce qu’elles figuraient dans le programme.  

InfOccitanie : Que se passera-t-il si le budget n’est pas voté ?

François Rio : Mon groupe va voter pour, après certains pourraient voter dans le but de bloquer les choses. Le budget partira à la préfecture si non voté, il sera retravaillé, envoyé à la chambre régionale des comptes, et il me reviendra sur le bureau. La Chambre sera rigide dans la mesure ou le budget est insincère, là, ce n‘est pas le cas ! 

Linda Mansouri/InfOccitanie.