Montpellier : procès pour meurtre, « scène saisissante » et tensions au coeur de l’audience

jeudi 26 février • 20:08
Tensions inhabituelles à la cour d'assises de l'Hérault : les avocats de la défense ont quitté l'audience, dénonçant des interruptions répétées. Ce jeudi, le procès s'est poursuivi notamment avec le témoignage de plusieurs experts.

« C’est la première fois de ma vie que je vais devoir quitter une salle d’audience parce que les droits de la défense n’ont pas été respectés ». Ce jeudi matin, les débats dans le cadre du procès d’assises de Samir F. ont été empreints de tension. Me Harir, avocat de la défense, a tenu à s’exprimer suite aux incidents d’instance survenus la veille. Pour rappel, à l’issue d’échanges tendus avec le président de la cour d’assises, les avocats de l’accusé avaient quitté la salle d’audience. En cause : des interruptions répétées lors de leurs interrogatoires, plusieurs de leurs questions ayant été jugées « redondantes » par le magistrat. C’est dans ce climat encore chargé que, dès la reprise de l’audience ce jeudi matin, la défense s’est présentée à la barre pour présenter plusieurs demandes.

« Dans l’impossibilité de poser des questions »

« Hier, nous avons assisté à une scène saisissante (…), à une situation exceptionnelle. Cette situation mérite qu’on s’y attarde », énonce Me Harir. Pour les témoignages de Priscilla, la compagne de Samir, et d’un ami de la victime, présent le soir des faits, la défense affirme avoir été « mise dans l’impossibilité de poser des questions », considérant que cela ne lui permettait pas d’exercer pleinement les droits de la défense.

Me Harir précise que : « J’ai commencé les questions à 18h09 et j’ai quitté la salle à 18h19 ». Il considère donc avoir été trop rapidement coupé. « La défense avait des questions mais est interrompue à chaque fois », poursuit-il. Une situation qui « n’est jamais arrivée dans une quelconque cour d’assises de France » alors que ce procès a pour but de « juger de la vie d’un homme » rappelle l’avocat.

Après ces déclarations, Me Harir souhaite obtenir la possibilité d’interroger à nouveau Priscilla et Faudel B., ami de la victime. Il demande également un surseoir à statuer, sollicitant ainsi que la juridiction reporte son verdict. « Je resterai muet pour le reste de la journée. Je suis navrée de la situation. J’aurai aimé continuer l’audience mais je suis contraint de m’en aller », conclut-il. L’avocat général et Me Mousset, avocat des parties civiles, sollicitent quant à eux la poursuite de l’audience. Après une suspension de l’audience, la cour a finalement refusé les demandes de la défense.

Un récit plausible mais ponctué d’incohérences

Le procès continue, cette fois avec l’audition de nouveaux experts chargés d’apporter leur éclairage sur l’affaire. Le rapport d’expertise toxicologique, établi en mai 2024, écarte « l’hypothèse d’un individu [la victime, ndlr] sous l’influence de l’alcool au moment des faits » et relève une consommation récente de cannabis pouvant éventuellement réduire « les capacités de jugement et de vigilance de la victime ».

La cour a ensuite entendu la médecin légiste, ayant effectué l’autopsie d’Elias et assisté à la reconstitution. L’examen post-mortem a mis en évidence des lésions balistiques au niveau thoracique, ainsi que des blessures abrasives suggérant des chutes au sol. La reconstitution a, quant à elle, permis de confronter les différentes versions des faits. Le récit de Samir apparaît « globalement cohérent mais présente certaines incohérences », notamment sur le positionnement de la victime et des autres personnes présentes au moment du tir. Selon Samir, il a tiré pour protéger son père, qu’il estimait menacé par la victime. Mais la reconstitution montre que, d’après ses dires, la tête de son père se trouvait très proche de la victime, exposant celui-ci à un risque important : « Un tir à proximité de la tête de son père, ça nous a interpellé », souligne la médecin légiste. L’audience étant brièvement suspendue, le père de la victime s’est discrètement rapproché de l’experte pour savoir si son fils avait souffert. Les débats se poursuivent avec les auditions des parties civiles, père, mère et soeur d’Elias témoigneront de leur peine.

Camille Casanova/InfOccitanie.