Le sujet a été abordé à la fin du conseil municipal ce vendredi 5 juin, par l’élu d’opposition du groupe RN-UDR Titouan Thomas. « Le 24 mai, la messe traditionnelle folklorique à la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Castor (pendant la feria, ndlr) a réuni environ 700 personnes. Une assistance remarquable qui témoigne de l’attachement profond des Nîmois à leur culture, aux traditions provençales qui font partie intégrante de l’identité de notre ville », contextualise le jeune élu. Lequel tique sur un point : l’absence cette année de l’apéritif de convivialité à l’issue de la cérémonie. « Comme c’était l’usage depuis 25 ans, ce moment permettait aux associations, aux groupes folkloriques et aux habitants de se retrouver et d’échanger », insiste l’élu qui rappelle que l’apéritif existait sous la mandature du maire communiste Alain Clary. « Il avait compris qu’il ne s’agissait pas d’une question partisane mais d’une marque de respect envers celles et ceux qui font vivre les traditions de notre ville », rembobine l’intéressé. Lequel interroge : « S’agit-il d’une décision budgétaire, si oui, quel est le montant de l’économie réalisée, ou d’un choix politique assumé, si oui lequel ? ».
« S’agit-il d’une décision budgétaire ou d’un choix politique assumé ? »
Franck Proust, ancien président de Nîmes Métropole et premier adjoint de Jean-Paul Fournier, embraye : « J’ajouterai la cérémonie de Jeanne d’Arc, la disparition de l’accompagnement logistique de cette manifestation m’a un peu choqué ». Au sujet du moment de convivialité à l’issue de la messe, l’élu d’opposition souligne : « Tout le monde y va, croyants et non croyants. (…) Le maire ou son représentant faisait lors de ce moment un premier bilan de la feria et échangeait avec les protagonistes ». A l’attention de Nicolas Cadène, élu de la majorité et ancien rapporteur de l’Observatoire national de la laïcité, Franck Proust objecte : « Vous avez une conception de la laïcité négative, qui censure, supprime, divise plutôt qu’elle ne rassemble ». Franck Proust va plus loin : « à ce moment-là, on rebaptise la feria de Pentecôte, on ne fait plus rien à Pâques, on arrête les manifestations de Noël ? ». Franck Proust taclera au passage les sept rencontres citoyennes initiées par le maire Vincent Bouget baptisées « Bonjour Nîmes » : « Je ne voudrais pas que cela se traduise par, au mieux, un au revoir, au pire un adieu à une certaine classe de la population ».
« Vous avez une conception de la laïcité négative, qui censure, supprime, divise plutôt qu’elle ne rassemble »
Nicolas Cadène saisit le micro et clarifie au sujet du moment de convivialité : « C’est une décision assumée et motivée en droit », non un « caprice, ni une hostilité à l’égard des traditions ». L’élu invoque un article et rappelle que la loi interdit aux communes de financer les dépenses relatives à l’exercice des cultes, liées à toutes activités cultuelles. « Or, cet apéritif était jusqu’à présent organisé et financé par la Ville, dans le prolongement direct d’une messe et, de fait, la dépense publique était attachée à une cérémonie religieuse, cela tombe sous le coup de la disposition de loi« . L’élu ajoute que cette séquence a déjà été sanctionnée par le Conseil d’Etat, « nous avons simplement pris nos dispositions juridiques ». Des élus de la majorité étaient présents lors de cette messe à la cathédrale dans un rôle de représentation de l’institution. « Les responsables du culte catholique avec lesquels nous avons échangé ont parfaitement compris notre souhait de respecter ce cadre laïc« , poursuit Nicolas Cadène. La municipalité offrira un apéritif lors de la prochaine feria, « mais dans un cadre différent ».
« La municipalité offrira toujours un apéritif, mais dans un cadre différent »
Au sujet de la cérémonie de Jeanne d’Arc, Nicolas Cadène livre une longue explication :« La Ville de Nîmes n’a absolument pas renoncé à l’honorer, mais simplement refusé de cautionner un format précis qui articulait une messe et une cérémonie publique, en calquant la date de commémoration du calendrier catholique le 30 mai, sur celle du calendrier républicain le deuxième dimanche de mai (avec pris en charge logistique par les services municipaux), avec une organisation entièrement déléguée à une seule structure privée qui d’ailleurs assumait un positionnement confessionnel. Une question, là encore, de principe républicain ». La ville organisera en 2027 une cérémonie civique « fidèle à la richesse historique de cette figure nationale, une cérémonie qui n’appartient à aucun parti ».
« La Ville de Nîmes n’a absolument pas renoncé à honorer Jeanne d’Arc »
Nicolas Cadène en profitera pour dégoupiller : « Certains évoquent la laïcité que lorsqu’ils y trouvent un interêt. Le RN, dont les élus ont accumulé les condamnations de la justice administrative pour violation de la loi de 1905, garante de la liberté de conscience, se gardent visiblement bien de la défendre quand il s’agit de la respecter réellement ».


